Égalité hommes-femmes : mettre le capitalisme à l’index

10 Mars 2021

Alors que les manifestations du 8 mars ont remis la question à l’ordre du jour, le gouvernement tient à dire qu’il lutte contre les inégalités salariales entre les travailleuses et les travailleurs. Mais c’est sans vouloir jamais toucher au droit des patrons de les exploiter et de les mettre en concurrence pour les diviser et baisser les salaires.

Autant dire que le gouvernement laisse le patronat poursuivre et même aggraver ces inégalités inhérentes au système capitaliste lui-même, d’autant plus en temps de crise. Mais il ne manque pas de communiquer autour de cette question des inégalités. Il a ainsi multiplié les proclamations et les numéros verts dans différents domaines. Pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés, il a inventé un « index de l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes ». Celui-ci comprend quelques critères : les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, les écarts de promotions (uniquement dans les entreprises de plus de 250 salariés), le nombre de salariées augmentées à leur retour de congé de maternité, la parité parmi les dix plus hautes rémunérations. Mais surtout, cet index a l’avantage d’être calculé par les entreprises elles-mêmes, selon le vieil adage « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Et ça marche !

Ainsi, dans le bilan présenté le 1er mars, Sodexho hygiène et propreté, une entreprise de nettoyage, s’est attribué la note de 99 sur 100. Quand on connaît les conditions de travail infernales et les salaires très faibles imposés à tous les travailleurs dans ce genre d’entreprises, en particulier aux femmes, on comprend à quel point cet index ne sert en fait qu’à camoufler la réalité. D’ailleurs, la plupart des plus grands groupes capitalistes ont de bonnes notes : Renault, PSA, Vinci, Dassault, Danone, Faurecia, BNP, etc. Cela fera sûrement plaisir à toutes les travailleuses qui triment sur les chaînes de montage, qui y subissent des discriminations ou des temps partiels imposés.

De toute façon, pour les patrons assez mauvais pour s’être attribué une note en dessous du minimum requis fixé à 75 – comme Bolloré SE ou encore ArcelorMittal Industeel par exemple –, les sanctions sont ridicules. Ils ont trois ans pour atteindre cette note. Si jamais ils n’y arrivaient toujours pas – alors qu’ils n’ont aucune obligation de rendre compte des calculs faits pour se noter ! – ils devraient alors verser une amende. Il n’y a guère de quoi faire trembler leurs conseils d’administration !

Malgré tout cela, le gouvernement doit admettre que les progrès entre 2019 (date de la mise en œuvre de cet index) et 2021 ne sont pas au rendez-vous. Avec la crise et les licenciements de masse, en réalité, le sort de bien des travailleuses s’est encore aggravé. Même cet index bidon, s’il ne peut pas en rendre compte, ne peut quand même pas dire l’inverse.

Alors le gouvernement préfère discuter d’un autre sujet : le nombre de femmes dans les équipes de direction et parmi les PDG du CAC 40. Comme si la participation de femmes aux directions des entreprises, chargées de mener leur politique d’exploitation du monde du travail, allait améliorer le sort des travailleuses précaires, des chômeuses, des intérimaires. Cela relève d’une vision très limitée de la lutte contre l’oppression des femmes.

Chaque jour qui passe démontre au contraire que la lutte contre l’oppression des femmes est intimement liée à la lutte de toute la classe ouvrière contre l’exploitation capitaliste. Dans le cadre de ce système, les femmes subissent les salaires les plus bas et leur lot particulier de discriminations. Mais en tant que partie de la classe ouvrière parmi les plus exploitées, elles sont aussi de celles dont la révolte sera à la base de la lutte contre l’ordre social.

Marion AJAR