Aéroport de Roissy : des milliers d’emplois menacés

10 Mars 2021

Une marche pour l’emploi doit avoir lieu le 18 mars dans la zone aéroportuaire de Roissy. En effet, comme la presse s’en est fait l’écho, des menaces pèsent sur l’emploi de 20 ou 30 000 de ses 100 000 salariés.

Les patrons ont profité de la baisse du trafic aérien et, si les 8 000 suppressions de poste à Air France ou les centaines d’ADP ont fait les gros titres, beaucoup d’autres salariés sont menacés, émiettés en une poussière de petites entreprises. Ces entreprises ne sont d’ailleurs pas si petites et souvent reliées à de grands groupes.

Avec la baisse de l’activité, les vols sont regroupés sur les deux principaux terminaux de l’aéroport, les autres ont été fermés. Les commerces et activités liées se sont arrêtés et les salariés sont en chômage partiel. Les directions en ont profité pour faire du chantage pour arracher des accords d’activité partielle de longue durée (APLD) et de performance collective (APC). C’est présenté comme du donnant-donnant : le patron garantit un minimum d’heures de travail les deux prochaines années, s’engage, mais de façon non contraignante, à ne pas licencier, et demande que les syndicats acceptent des remises en cause de l’organisation du travail, avec des reculs sur les horaires et les primes ou des baisses de salaire.

Dans les entreprises de sûreté, dont le personnel fouille les sacs ou sécurise les accès, le syndicat patronal a dénoncé la PASA, prime de sûreté aéroportuaire, équivalente à un 13e mois. Beaucoup d’entreprises ne l’ont pas versée en totalité ou l’ont proratisée, c’est-à-dire payée au prorata du temps travaillé, alors que de nombreux salariés sont au chômage partiel dans la période.

Le chantage est généralisé. Il y a quelques mois, le groupe Onet a publié des offres d’emplois de bagagistes pour l’un de ses nouveaux marchés, le traitement des bagages du terminal S3. Il s’agissait d’embauches à un salaire inférieur à celui des bagagistes d’Onet déjà employés à Roissy. Ceux-ci avaient le droit de postuler, s’ils acceptaient la baisse de salaire.

Ladybird, une petite entreprise qui assure le nettoyage des avions, la sûreté, l’assistance, a derrière elle un gros groupe, Avico, avec des ramifications dans le monde entier. Le joli nom Ladybird veut dire coccinelle, mais il s’agit plutôt d’une sangsue. Les salariés ont perdu leur 13e mois, il y a souvent des erreurs sur la paie, notamment pour les heures de nuit ou supplémentaires, et on peut y venir pour des vacations de deux, trois heures en ayant fait 60 ou 80 km pour arriver à l’aéroport. Ce type d’horaire se multiplie dans la zone.

Dès le début de la crise, entre dix et quinze mille salariés en intérim, CDD ou contrats pro ont perdu leur emploi. Les mesures gouvernementales ont permis aux employeurs de garder la main-d’œuvre qu’ils voulaient pour être prêts à redémarrer en cas de reprise du trafic. Cela ne leur coûte rien, c’est l’État qui paie. Après la suppression des emplois précaires, ces patrons multiplient les licenciements, avec PSE, par rupture conventionnelle individuelle ou collective.

Ainsi, la direction d’un secteur d’Acna, qui assure la distribution du linge dans les avions, a décidé un plan dit de sauvegarde de l’emploi (PSE) concernant 75 salariés. 50 pourraient être répartis dans d’autres secteurs, 25 seraient licenciés, sauf s’ils acceptaient de baisser leur salaire. Dans la zone de fret, Seris sûreté a perdu un marché au profit de Securitas. Une partie des salariés n’ont pas été repris par le nouveau patron, aboutissant à une situation surréaliste où l’ancienne entreprise considère qu’elle les a transférés à la nouvelle alors que celle-ci ne les a pas repris. Les salariés sont sans solution, sans employeur, ni même licenciés, mais sans salaire depuis novembre ! Ils attendent que le tribunal tranche.

Autre cas, une société de traitement des bagages, CBS, qui compte environ 350 salariés, a cessé son activité. Deux repreneurs se sont manifestés, mais l’un ne garderait que 240 salariés, l’autre 120 à peine. Plusieurs dizaines de licenciements sont donc envisagés. Ces sociétés se présentent comme de petites entités mais cette même CBS, par exemple, est la filiale à 100 % de WFS, un géant mondial, qui est d’ailleurs un des deux repreneurs potentiels !

Malgré les suppressions d’emplois et le chômage partiel, les travailleurs sont encore nombreux à être présents sur la plateforme. Sans eux, qu’ils soient personnel de bord ou au sol, bagagistes, agents de piste, d’accueil, de sûreté ou de ménage, les avions ne peuvent pas voler. Durant toutes les années où le trafic aérien était en croissance rapide, les profits pleuvaient. Pourquoi serait-ce aux travailleurs de faire des sacrifices au lieu de prendre sur les profits, actuels et passés ? Ils ont encore tous les moyens de se faire entendre. La marche pour l’emploi appelée par divers syndicats le jeudi 18 mars peut être un début.

Correspondant LO