Danone : la sempiternelle loi des actionnaires

03 Mars 2021

Lundi 1er mars, le PDG de Danone, Emmanuel Faber, a été à moitié déchargé de la direction de l’entreprise par son conseil d’administration. Ce macroniste patenté, patron prétendument social, s’est fait rattraper au vol par ses actionnaires.

Selon la presse, ce sont des fonds d’investissement actionnaires de l’entreprise qui ont exigé et ont obtenu le désaveu d’Emmanuel Faber. Celui-ci devra abandonner la direction générale, poste qu’il occupe depuis 2014, pour se contenter de la présidence. En même temps, la direction de Danone annonçait qu’elle allait vendre ses parts dans le géant chinois Mengniu, pour reverser 850 millions d’euros aux actionnaires au travers d’un programme de rachat d’actions. Il faut en effet satisfaire ces actionnaires qui jugent le retour sur leur investissement insuffisant. Selon eux, le rendement global de l’action Danone depuis que Faber a pris la tête de l’entreprise en 2014 est de 29 %, contre 72 % pour Unilever et 79 % pour Nestlé, les concurrents sur le même secteur. Ils lui reprochent également la chute du cours de Danone en Bourse, de 35 % en 2020, alors que ceux des concurrents se sont maintenus. Et si, en 2020, la marge opérationnelle reste élevée, à 14 %, bien que les ventes aient reculé, la concurrence fait encore mieux…

Dans cette lutte pour le pouvoir dans l’entreprise, une partie des syndicats ont choisi de défendre le PDG, au nom du modèle social qu’il incarnerait. Emmanuel Faber a effectivement voulu se construire une image de patron défenseur d’un capitalisme « humain ». Mais la pandémie s’est chargée de remettre les pendules à l’heure. Au début de la crise, Faber avait annoncé qu’il garantissait les emplois et les salaires de tous ses salariés pendant trois mois, une générosité toute relative, et surtout financée par l’État. Malgré cela, six mois après, en novembre dernier, il décidait un plan de licenciements de 2 % des effectifs, 2000 travailleurs dans la partie administrative, dont 400 à 500 en France, une restructuration dont il annonçait qu’elle allait permettre de dégager un milliard d’euros de cash pour les actionnaires d’ici 2023.

Quant au modèle prétendument social, la rentabilité de Danone a toujours été au rendez-vous, et le fait que l’entreprise optimise ses profits en supprimant des emplois n’est pas une nouveauté. Une de ses anciennes DRH, Muriel Pénicaud, il y a peu encore ministre du Travail du gouvernement Macron, en sait quelque chose. En 2013, alors que Danone venait de battre un record en matière de chiffre d’affaires, elle avait empoché plus d’un million d’euros de stock-options grâce à la hausse du cours des actions de l’entreprise, cela après qu’elle eut elle-même annoncé le licenciement de 900 de ses cadres, dont 230 en France.

Serge BENHAM