Trappes : la droite souffle sur les braises

17 Février 2021

À Trappes, ville ouvrière des Yvelines, les déclarations très médiatisées du professeur de philosophie et cinéma d’un des lycées de la ville, Didier Lemaire, faisant état de ce qu’il appelle « la progression d’une emprise communautaire toujours plus forte » sur ses élèves, ont au moins eu pour effet de mettre les leaders politiques de droite en campagne.

L’enseignant, par ailleurs adhérent d’un petit parti souverainiste du nom de Parti républicain solidariste, avait en novembre dernier publié dans l’hebdomadaire de centre gauche L’Obs, après l’assassinat de Samuel Paty, une tribune prenant comme axe : « Comment pallier l’absence de stratégie de l’État pour vaincre l’islamisme ? » Parallèlement à la campagne gouvernementale sur la loi « sur le séparatisme », Didier Lemaire a développé successivement son point de vue dans plusieurs médias, jusqu’à provoquer la réaction du maire Génération. s de Trappes, Ali Rabeh, qui a pris parti pour la défense des habitants de la ville, calomniés selon lui par les propos de l’enseignant, et de la ville elle-même, qu’il estimait présentée comme un repaire de terroristes.

La circonstance est particulière : l’élection du maire de Trappes y a été contestée, notamment par son ex-adversaire Othman Nasrou, du parti de droite Libres, proche de LR et vice-président de la région Île-de-France. Le tribunal administratif vient d’annuler le scrutin. Le maire ayant fait appel de ce jugement, la campagne de la droite est néanmoins en route et, pour Valérie Pécresse, dirigeante de Libres et présidente du conseil régional d’Île-de-France, l’occasion était trop belle.

Elle vient donc de demander au ministre de l’Intérieur la suspension immédiate du maire de Trappes et même le déclenchement de la procédure en vue de sa révocation, ainsi que celle des adjoints, au motif qu’il est intervenu par tract devant le lycée où enseigne Didier Lemaire. Ali Raeh y exprimait son désaccord et dénonçait la stigmatisation dont les habitants font l’objet, dans les textes et les propos médiatiques de l’enseignant. Pécresse a été immédiatement rejointe par Renaud Muselier, autre président de région LR. Le vice-président du RN, Jordan Bardella, est lui aussi monté au créneau contre le maire de Trappes.

L’objectif de cette campagne n’a rien à voir avec une quelconque défense des intérêts des premiers concernés, les élèves du lycée et les habitants de cette ville populaire, frappée par la crise économique et sanitaire comme tant d’autres quartiers ouvriers. Être ainsi montrés du doigt, « affichés » d’une manière ou d’une autre comme fauteurs de division parce que d’origine immigrée, alors que les problèmes de leurs quartiers découlent d’abord des politiques anti­ouvrières menées par les gouvernements successifs et par le patronat, c’est bien une attaque de plus.

Viviane LAFONT