Loi ‘‘santé au travail’’ : rien à en attendre

17 Février 2021

Au début de décembre 2020, après des mois de discussions, syndicats et patronat se sont accordés sur la signature d’un accord national interprofessionnel bientôt transformé en proposition de loi par les députés de La République en marche.

Lundi 15 février, les députés ont donc commencé l’examen et la discussion de cette proposition de loi sur la santé au travail. 655 715 accidents du travail ont été recensés par l’Assurance maladie en 2019, un chiffre en hausse par rapport à 2018 et largement sous-estimé étant donné les pressions exercées par les hiérarchies dans les entreprises pour ne pas déclarer ces accidents. Le problème est récurrent. Pour le régler, les initiateurs de l’accord, puis de la loi, déclarent doctement que, si on veut éviter les maladies professionnelles et accidents liés au travail, il faut améliorer la prévention des risques dans les entreprises.

Il est donc question d’un « passeport de prévention », c’est-à-dire de formation des salariés, ce qui revient à considérer que les travailleurs eux-mêmes portent l’essentiel de la responsabilité des accidents qui les affectent.

Il est aussi question de permettre aux médecins de ville volontaires de se transformer en « médecins praticiens correspondants » chargés du suivi du salarié dans l’entreprise. En clair, pour pallier le terrible manque de médecins du travail (en 2019, pour un effectif d’environ 18 millions de salariés, on en recensait 5 009 dans tout le pays !) la loi propose de faire intervenir les médecins généralistes, dont chacun sait qu’ils sont en nombre terriblement insuffisant dans un certain nombre de régions puisqu’il est pratiquement impossible de trouver un médecin traitant.

Pour faire cesser l’hémorragie d’accidents du travail, il ne suffit pas d’ajouter un P (pour prévention) au Service de Santé au Travail. Il faudrait embaucher, réduire le temps de travail, baisser les cadences, accéder à toutes les informations sur les machines et produits utilisés. Cela, ce n’est pas la loi, du moins pas celle des patrons, qui pourra l’imposer.

Sophie GARGAN