Apprentissage : des aubaines pour le patronat

17 Février 2021

La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a qualifié les effectifs de l’apprentissage d’« historiques ». Suite aux aides versées aux patrons pour leur embauche – 5 000 euros par apprenti par an pour les moins de 18 ans et 8 000 pour les autres – 140 000 contrats supplémentaires ont été signés durant l’année 2020 par rapport à 2019, soit un total de 495 000 contrats.

Les entreprises de plus de 250 salariés ne sont concernées qu’au-delà d’un certain seuil d’apprentis. S’inquiétant du nombre de contrats signés il y a quelques semaines, la ministre a prolongé les aides patronales pour l’embauche d’apprentis, qui devaient prendre fin au 31 janvier 2021. Cette prolongation se fait sans date limite.

Élisabeth Borne affiche son enthousiasme devant ce résultat censé aider à réduire le chômage des jeunes. Quoi de mieux que de pouvoir dire que l’action du gouvernement est efficace sur un sujet aussi sensible ? Seulement, la ministre n’a pas attendu les résultats des contrats de professionnalisation, dont le nombre a diminué de 80 000. L’augmentation est donc en partie due à un transfert entre ces deux types de contrats, soit seulement 60 000 contrats de plus.

La modification des règles d’ouverture des CFA ou des écoles d’entreprise, depuis 2018, a ouvert la possibilité de quelques malversations. La ministre dénonçait en décembre 2020 le fait que 38 000 apprentis restaient sans contrat avec un patron, en soulignant que des centres de formation peuvent avoir 100 % d’apprentis sans un tel contrat. De plus, un centre de formation peut garder pendant six mois des jeunes sans employeur. Autant dire que l’apprentissage n’est plus qu’un mot.

Du point de vue des entreprises, l’envolée est cependant palpable dans certains secteurs. Dans l’automobile, le nombre de contrats a augmenté de 12 %, les patrons étant attirés par les subventions qui rendent quasi gratuit l’emploi d’un apprenti. Un apprenti aujourd’hui peut avoir jusqu’à 30 ans, avoir déjà des diplômes d’enseignement supérieur (166 000 ont déjà un bac +2) et, pour la plupart d’entre eux, au moins le bac. Ces contrats se substituent à la formation indispensable, lorsqu’un salarié commence un travail spécifique, qui auparavant était payé par les patrons.

Parallèlement, la loi sur l’avenir professionnel de 2018, qui a modifié les règles et le financement de la formation professionnelle, réduit de 10 % la part de la taxe professionnelle à destination des lycées professionnels et des classes de transition entre le collège et le lycée professionnel, les Segpa, qui assurent une formation théorique et pratique à des jeunes de 15 à 20 ans.

La ministre jongle avec les chiffres selon son propos du moment. Les patrons quant à eux daignent tout au plus accepter les cadeaux de l’État et permettre à quelques centaines de milliers de jeunes de trouver une solution temporaire après leurs études.

Inès Rabah