Suez Veolia : comment transformer l’eau en or

10 Février 2021

Le PDG du groupe Veolia, Antoine Frérot, vient d’annoncer qu’après l’échec d’un rapprochement à l’amiable avec son concurrent le groupe Suez, il lançait une OPA hostile, visant à prendre sans aucune amabilité le contrôle de ce dernier.

Pour ce faire, après avoir dépensé quelques milliards pour avoir 29 % des actions de son concurrent, il allait liquider sa cassette de plus de 11 milliards, mise de côté à cet effet il y a déjà plusieurs mois. De son côté, Bertrand Camus, le PDG de Suez, se fait fort, dit-il, de s’opposer à cette OPA, en mobilisant encore plus de milliards, en puisant dans les réserves de son groupe, en s’endettant auprès des banques et institutions financières, voire de gros capitalistes et fonds spéculatifs. Si les milliards vont valser par dizaines, c’est que ces groupes ont amassé des fortunes, et pas par l’opération du Saint-Esprit.

C’est donc au moins une vingtaine de milliards qui vont ainsi s’échanger et être dépensés pour rien, si ce n’est pour le plus grand plaisir des actuels détenteurs d’actions qui vont empocher ce pactole dans les surenchères qui s’annoncent. Argent qui sera récupéré, comme toujours, sur leurs salariés, et surtout sur des millions d’usagers dans le monde, déjà victimes de la prédation de ces deux énormes groupes mondiaux.

Car Veolia et Suez étaient plus connues auparavant sous leur nom de Générale des eaux pour Veolia, et Lyonnaise des eaux pour Suez. Chacun s’est largement diversifié avec par exemple Engie, pour le gaz, une fois le gaz privatisé. En plus de l’eau, ils ont ajouté à leurs activités le traitement des déchets et la fourniture d’énergie pour les collectivités. Si Veolia a affiché en 2019 27,2 milliards de chiffre d’affaires dans le monde avec 178 000 salariés, Suez comptabilisait 89 400 salariés pour un chiffre d’affaires de 18 milliards. Ces deux groupes capitalistes bien français ont assis leur fortune et aiguisé les appétits des capitalistes grâce à leur mainmise sur la distribution de l’eau dans le pays, aujourd’hui plus de 70 % des usagers sont sous la coupe des groupes privés de distribution de l’eau, avec le troisième larron beaucoup plus petit, le groupe SAUR. À travers les délégations de service public que leur ont confiées les collectivités locales, ces deux groupes rançonnent des millions d’usagers en leur faisant payer au prix fort la fourniture d’un service de base pour l’humanité, l’accès à l’eau potable, et par suite le traitement des eaux usées. Les investissements ont été payés par la population, par le biais des impôts locaux, les groupes eux, encaissent les dividendes, à gros débit.

Aujourd’hui, Suez prévoit dans ses écrits le développement énorme à venir des villes dans le monde et la nécessité d’y traiter l’eau, et les déchets, et donc le potentiel d’enrichissement du groupe. On a vu ce que cela voulait dire. Suez ose mettre en avant que si Veolia le rachetait cela mettrait en danger l’emploi et « la juste concurrence ». Comme si les dirigeants de ces deux groupes n’étaient pas prêts à tout, voire à s’arranger en sous-main, pour se partager le marché, afin d’augmenter leurs profits. La seule action de salubrité publique serait l’expropriation sans indemnités de ces deux brigands capitalistes, pour pouvoir enfin assurer pleinement des services aussi vitaux pour l’humanité.

Paul SOREL