Sanofi : les actionnaires encaissent

10 Février 2021

Le chiffre est colossal : 12,3 milliards d’euros ! C’est le bénéfice net réalisé par Sanofi pour l’année 2020. Comparé à celui de 2019, il est en augmentation de près de… 340 % !

Ces chiffres n’ont pas grand-chose à voir avec une éventuelle amélioration de l’état sanitaire des populations à l’échelle de la planète, mais tout à voir avec les stratégies financières et les capacités d’exploitation de ce géant mondial de l’industrie pharmaceutique.

Sur les 12 milliards d’euros de bénéfices, 7 milliards proviennent de la vente des actions de Regeneron, une entreprise de biotechnologie américaine dont Sanofi possédait 20 % du capital depuis quelques années. Au mois de mai dernier, au moment de la mise en vente des actions, la presse économique parlait de « la plus grande offre d’actions de l’histoire du secteur pharmaceutique ». Une mégaopération financière qui a fructifié sur les cerveaux et l’activité de ceux qui travaillent dans les laboratoires et les sites de production.

Quant aux autres milliards de bénéfices, ils résultent de ce que le patron de Sanofi nomme le « recentrage », la « concentration sur les actifs majeurs et les marchés clés ». En clair, il parle de ces médicaments qui rapportent des milliards parce que, nouveaux, ils bénéficient d’un prix fixé par Sanofi lui-même. Il en est ainsi du Dupixent, un médicament utilisé dans le traitement de l’asthme et de l’eczéma. Vendu près de 1 400 euros les deux seringues, sachant qu’il faut deux injections au départ puis une injection toutes les deux semaines, Dupixent est une vraie poule aux œufs d’or. Ce médicament a rapporté 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et Sanofi s’est fixé un objectif de 10 milliards d’euros pour une année la plus proche possible.

Le « recentrage » c’est aussi l’abandon des médicaments contre le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Leur prix est encadré et, pire pour les actionnaires, leurs brevets sont tombés dans le domaine public, et des génériques, moins chers, sont désormais fabriqués. Qu’importent donc les diabétiques et les hypertendus, ils ne rapportent pas assez.

La richesse des actionnaires de Sanofi, c’est aussi le « plan de réduction des coûts ». Le dernier en date, annoncé en décembre 2019, prévoyait 2 milliards d’euros d’économies d’ici 2022. Il est déjà réalisé à 85 % et vient d’être augmenté de 500 millions supplémentaires. 1 700 suppressions d’emplois sont programmées, dont un millier en France : 400 postes en recherche, les autres dans les fonctions support, l’informatique, les sièges sociaux.

Play to win, littéralement Jouer pour gagner, tel est le nom du plan. Effectivement, pour l’heure, les actionnaires gagnent. Au vu des « excellents résultats financiers » de 2020, la direction de Sanofi annonce une hausse des dividendes, le versement de plus de 4 milliards d’euros à ses actionnaires. Et de justifier : « Dans un environnement international très concurrentiel, suspendre le dividende ou le réduire en raison de la pandémie actuelle viendrait à fragiliser l’entreprise, réduire son attractivité et altérer ainsi sa capacité à innover sur le long terme pour les patients. »

Sanofi ne fabrique pas les médicaments en fonction des patients qui en ont besoin, mais sait fabriquer des dividendes pour des actionnaires qui n’en ont pas besoin.

Sophie GARGAN