Mali : sous les bombes françaises

10 Février 2021

Jeudi 21 janvier, l’ONG Human Rights Watch a réclamé l’accélération de l’enquête de l’ONU sur le bombardement français qui a fait 19 morts et des dizaines de blessés près du village de Bounti, au centre du Mali, dimanche 3 janvier.

Cette tuerie serait passée inaperçue sans les témoignages de villageois, relayés par les réseaux sociaux puis les médias, dénonçant le fait que les victimes étaient des civils, rassemblés à l’occasion d’un mariage. Peu avant la cérémonie, trois bombes sont tombées sur une assemblée d’hommes, réunis séparément des femmes et des enfants. D’après Médecins sans frontières, la plupart des blessés graves étaient des hommes âgés.

Face au scandale, les autorités maliennes et françaises ont mis plusieurs jours à sortir du silence. L’armée française a assumé le bombardement mais a prétendu que les victimes étaient des djihadistes… qu’elle aurait identifiés comme tels une heure avant le bombardement ! Interrogée le 10 janvier sur France Inter, la ministre française des Armées, Florence Parly, a déclaré : « Il n’y avait ni mariage, ni femmes, ni enfants, il s’agissait d’hommes, et exclusivement d’hommes. » Le gouvernement malien s’est finalement aligné sur cette version, avant d’annoncer, du bout des lèvres, l’ouverture d’une enquête.

Les bombardements français sont fréquents dans cette zone frontalière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, où sont présents des groupes islamistes armés.

La préoccupation de l’impérialisme français et de ses alliés du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) est d’empêcher que la zone échappe aux intérêts des capitalistes comme Areva ou Total. L’enfer vécu par la population sous la férule des islamistes n’est pas le problème de l’armée française, pour qui la vie des civils n’a aucune importance.

Le bombardement du 3 janvier, puis la fin de non-recevoir opposée par les États français et malien face aux questions légitimes, en sont une nouvelle illustration.

Julie LEMÉE