Pologne : les droits des femmes piétinés

03 Février 2021

Mercredi 27 janvier a été publié au Journal officiel de Pologne l’arrêt du Tribunal constitutionnel interdisant toute forme d’avortement pour cause de malformation du fœtus, ce qui représentait 98 % des quelque 1 000 avortements autorisés jusqu’alors dans le pays chaque année.

L’arrêt avait été pris le 22 octobre, mais cette décision avait déclenché une telle vague de protestations que jusqu’à présent le gouvernement avait retardé sa publication au Journal officiel, qui est l’acte qui rend la décision opérationnelle.

Après l’arrivée au pouvoir en 2015 du PiS, parti ultra-réactionnaire, c’est la troisième offensive que le gouvernement mène contre les maigres droits à l’avortement qui existaient en Pologne. En 2016 et 2018, ses tentatives sur le terrain législatif et parlementaire avaient déclenché à chaque fois une mobilisation telle qu’il avait dû reculer.

Cette fois-ci, sous l’influence de la partie la plus réactionnaire du PiS et des petits partis qui lui sont alliés, ainsi que de l’Église, c’est sur le terrain constitutionnel que l’offensive a été menée. Elle a été grandement facilitée par les nominations de proches du pouvoir, qui se sont succédé depuis 2015 dans les instances de contrôle juridiques.

Fin octobre et durant tout l’automne, les manifestations massives de colère se sont multipliées. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues, à plusieurs reprises, pas seulement à Varsovie ou dans les grandes villes, mais même dans de petites bourgades. Des églises ont été taguées, envahies. Des résidences de dirigeants du PiS ont été entourées de manifestants, et Kaczynski, nommé vice-Premier ministre cet automne, a dû un moment quitter son domicile.

La décision du 27 janvier a déclenché une nouvelle série de manifestations, à Varsovie et en province, moins denses pour l’instant que les manifestations de l’automne. Quel qu’en soit le résultat, les luttes de ces cinq dernières années n’auront pas été inutiles. Le pouvoir réactionnaire n’en a peut-être pas fini avec la contestation, qui avait mobilisé une large fraction de la population.

Nelly MEYER