Recherche médicale : des milliards pour les trusts

27 Janvier 2021

Dans la course aux vaccins contre le Covid 19, à l’heure actuelle il y a déjà des gagnants, comme Pfizer/BioNTech, Moderna ou AstraZeneca dont les vaccins ont été autorisés. Mais il y aussi des perdants, dont l’Institut Pasteur et Merck qui ont annoncé l’arrêt de leurs recherches, faute d’efficacité de leur candidat vaccin.

Sanofi, un des poids lourds des vaccins avec 25 % du marché, a annoncé des retards importants et certains experts envisagent déjà qu’il pourrait lui aussi renoncer.

La mise au point rapide de vaccins efficaces est le fruit du travail des chercheurs. Ils ont permis une avancée majeure dans ce domaine, avec notamment les vaccins à ARN messager.

Mais ces travaux se sont faits dans le cadre d’une recherche médicale complètement dominée par les lois du marché capitaliste. Pour leurs recherches, les trusts comme Pfizer ou Astra ont monté des partenariats avec des start-up comme BioNTech ou l’université d’Oxford, selon une pratique désormais courante dans l’industrie pharmaceutique. Les start-up prennent les risques, puis, si leurs chercheurs trouvent, les laboratoires pharmaceutiques, dont les capacités industrielles permettent de produire à l’échelle du marché potentiel de milliards de personnes à vacciner, empochent les profits.

Bien sûr, les laboratoires mettent aussi des milliards sur la table pour ces vaccins mais, soucieux de ne pas prendre seuls les risques, ils font appel largement aux financements des États ou de fondations privées, comme celle de Bill Gates. Et, forts de ces milliards généreusement versés, et misant tout sur les start-up, ils n’hésitent pas à licencier dans leurs secteurs de recherche, comme le montre le dernier plan de suppressions de postes de Sanofi, qui supprime 400 emplois de recherche. En 2009, un autre plan avait abouti à l’arrêt de 40 % des recherches.

Quant à la situation de la recherche publique, elle est catastrophique. Elle voit ses budgets réduits depuis des années et les organismes publics comme le CNRS ou l’Inserm doivent faire largement appel à la générosité du public. Les recrutements de chercheurs sont de plus en plus difficiles et bien peu trouvent un poste à la fin de leurs études. Il ne leur reste bien souvent comme solution que le départ vers le privé, ou la création de leur propre start-up pour travailler dans la recherche.

Le gouvernement se vante de l’existence depuis 1983 du Crédit impôt recherche (CIR). Créé sous la présidence de Mitterrand, son budget aujourd’hui est de 6,5 milliards par an. Mais ces milliards attribués sans grande transparence, comme par exemple à des banques, vont bien peu à la recherche et servent de liquidités à ces entreprises et à leurs actionnaires.

Alors, il y a des milliards pour financer les laboratoires, et notamment les plus grands, mais pour la recherche publique seulement des miettes. Le résultat de cette politique est que les laboratoires imposent leur loi, fixent les prix de leurs vaccins, décident comme ils le veulent des modalités de livraison et favorisent d’abord les pays qui peuvent payer. Le PDG de Sanofi avait ainsi expliqué, quand son vaccin était encore dans la course, que les pays qui avaient le plus financé ses recherches seraient les premiers servis. Ses déclarations avaient soulevé le tollé, y compris de dirigeants comme Macron, mais dans les faits c’est bien ce qui se passe aujourd’hui avec le scandale des livraisons de Pfizer, Moderna et autres.

Cédric DUVAL