Rapport Stora : l’impérialisme, ses crimes d’hier et d’aujourd’hui

27 Janvier 2021

L’historien Benjamin Stora a remis à Macron mercredi 20 janvier son rapport sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie » commandé par l’Élysée en juillet dernier. Ses recommandations sont censées installer sur les deux rives de la Méditerranée « la paix des mémoires ».

Né en 1977, Macron appartient à une génération qui n’a pas participé à la guerre d’Algérie. Il est moins gêné que ses prédécesseurs pour reconnaître l’assassinat du communiste Maurice Audin, torturé et tué par des parachutistes à Alger en 1957. Il est d’autant plus à l’aise que la plupart des responsables politiques ou militaires des années de la décolonisation sont morts ou très âgés.

Mais cette volonté affichée d’ « apaiser les mémoires » est aussi utilisée pour mettre en balance la colonisation et les exactions de l’armée française en Algérie d’un côté, et de l’autre les actes des ennemis de la colonisation, en particulier du FLN. Or la balance ne peut pas s’équilibrer.

La France s’est imposée au 19° siècle en Algérie en massacrant, en déplaçant des populations, en les spoliant des meilleures terres. Pendant la guerre, entre 1954 et 1962, des centaines de milliers d’Algériens ont été tués ou blessés. Tous les moyens militaires et policiers d’un État moderne ont été utilisés contre la revendication d’indépendance, jusqu’aux bombardements au napalm. La torture a été généralisée. Même l’abandon des harkis en 1962, ces Algériens enrôlés par l’armée française et massacrés en nombre par le FLN à l’indépendance, témoigne du mépris des autorités françaises pour tout le peuple algérien. Que pour les Algériens, près de soixante ans après l’indépendance, ce passé ne passe pas, c’est bien compréhensible.

Même le million d’Européens d’Algérie s’est retrouvé piégé et condamné à l’exil en France, parce que la guerre totale contre l’indépendance dans laquelle l’État français était enlisé ne pouvait être une perspective.

Une génération de jeunes, appelés ou rappelés du contingent, a été envoyée en Algérie entre 1955 et 1962, notamment par des gouvernements de gauche. Certains y sont morts, d’autres sont revenus traumatisés ou empoisonnés par un racisme dont ils ne se débarrasseront jamais, dans une société française cultivant le mépris pour les Arabes en particulier et pour les immigrés en général.

S’il y a des haines, des « feux mal éteints », la responsabilité en revient à l’impérialisme français, au système colonial qu’il a fait défendre par toute une jeunesse envoyée combattre l’indépendance de l’Algérie et par toute une opinion publique à laquelle on mentait sur le rôle pacificateur de la France, contre des combattants de l’indépendance affublés, jusque dans Le Populaire, le journal du Parti socialiste de l’époque, du seul titre de terroristes.

Aujourd’hui, l’impérialisme français continue de mener, en particulier en Afrique, de sales guerres aux relents coloniaux. Et cela, Macron l’organise et le justifie sans états d’âme, se faisant le continuateur de ceux qui avaient livré l’Algérie à l’armée française, entre 1954 et 1962, et le propagateur de haines bien actuelles.

Boris SAVIN