Pénurie de vaccins : la rançon du capitalisme

27 Janvier 2021

Pas un jour, pas une discussion ne passent sans que soit évoqué le manque de vaccins, les difficultés voire l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous pour se faire vacciner. Certes, ce n’est pas une mince affaire que de produire, acheminer, livrer et injecter les millions de doses qui pourraient protéger la population. Mais ce qui bloque l’arrivée des vaccins, c’est d’abord et avant tout la propriété privée et son sacro-saint profit, au moment où il serait nécessaire de mettre en commun tous les savoir-faire, tous les moyens de production.

Au mois de mars dernier, il était impossible d’imaginer qu’on aurait un vaccin efficace et sûr à la fin de l’année, on pensait qu’il faudrait au moins 18 mois à deux ans. Pourtant, des scientifiques l’ont mis au point et testé. Et, pour n’en citer qu’un, le vaccin de Pfizer/BioNTech est là. Mais Pfizer accumule maintenant les retards de livraison. Il affirme entre autres que produire de l’ARN messager en quantité industrielle n’est pas si simple, qu’il lui faut agrandir son usine en Belgique. Peut-être, mais voilà plusieurs mois que le problème se pose, que des sites de production auraient pu être mis sur pied, sans compter qu’il existe d’autres sites industriels pouvant étudier cette nouvelle production, puis s’y mettre.

Mais il faut compter avec les brevets, avec les licences qui protègent les découvertes. Quand certains osent imaginer que les licences de fabrication des principes actifs de Pfizer pourraient être vendues à d’autres laboratoires, des spécialistes en économie mettent en avant les secrets professionnels et autres accords commerciaux qui protègent les marchandises que sont les vaccins. Et quand Sanofi annonce un accord avec Pfizer, affirmant vouloir ainsi « participer à l’effort collectif », c’est pour remplir les flacons dans une des usines Sanofi à Francfort. Mais il n’est pas question de coopérer sur le fond, sur la fabrication de l’ARN messager, d’autant que Sanofi travaille sur la mise au point de son propre vaccin à ARN, concurrent de celui de Pfizer.

Il en va de même pour chacun des laboratoires engagés dans la course. Ainsi, le 22 janvier, AstraZeneca a annoncé à l’Union européenne qu’il ne pourrait livrer que 31 millions de doses sur les 80 millions promises pour le premier trimestre 2021. Là aussi, le laboratoire fait valoir des difficultés de production : les cultures sur lesquelles sont produits les virus inactivés nécessaires à la fabrication du vaccin auraient un mauvais rendement. Peut-être, mais pourquoi ne pas avoir fait et ne pas faire appel aux nombreux laboratoires, aux nombreuses équipes capables de par le monde de faire ce type de culture ? Parce qu’il y a à la clé des brevets, des licences, des secrets de fabrication d’AstraZeneca monnayables à la vente !

Le laboratoire a déjà reçu et empoché au mois d’août un premier versement de 336 millions d’euros lors de la précommande des vaccins. Alors les dirigeants de l’Union européenne tapent du poing sur la table : « L’UE veut désormais son retour sur investissement. » Ils demandent la mise en place « d’un mécanisme de transparence » sur les exportations. En Italie, le ministre des Affaires étrangères en appelle à « tout faire pour forcer ces messieurs à respecter leurs engagements ».

Cela reste des rodomontades, car ces dirigeants de l’UE savent mieux que quiconque que les vaccins ne sont pas des « biens publics mondiaux » comme Macron l’a affirmé, mais des marchandises, des produits sous licence qui ne sont fabriqués que pour être vendus.

Il en va de même de toutes les étapes qui conduisent de la découverte d’un vaccin à son inoculation, des flacons, des congélateurs, des camions, des compresses, des désinfectants, des aiguilles… de tout ce que les travailleurs savent faire, mais qui, à chaque étape, peut être bloqué par les lois du marché capitaliste.

Sophie GARGAN