Renault : De Meo et “l’âme” du profit

20 Janvier 2021

« Quand on se reconnecte à ses racines, on retrouve son âme. » L’auteur de cette banalité n’est pas le pape François, mais Luca De Meo, directeur général du groupe Renault depuis six mois.

En annonçant la reprise d’une version rénovée et électrique de la vieille R5, De Meo promet aux actionnaires, sinon de retrouver « l’âme » de Renault, du moins de rétablir un taux de profit jugé insuffisant ces dernières années. Pour ce faire, sous le terme « renaulution », le directeur général a présenté sa future stratégie, censée redresser la « profitabilité ». Le mot-clé est lâché. « Sur les dernières années, Renault a un peu loupé le train », commente-t-il en faisant allusion aux pertes, l’an passé, de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, 7 milliards d’euros rien que pour le premier semestre.

De Meo annonce miser non plus sur les volumes, qui ne parviennent pas à s’écouler, mais sur la valeur rapportée par chaque véhicule vendu. Clairement, il explique qu’il vaut mieux vendre moins, mais plus cher, le prix de la voiture vendue devant selon lui augmenter en moyenne de 5 000 euros. Le projet y conduisant consiste à arrêter la production de petites citadines aux marges insuffisantes et à monter en gamme en fabriquant des voitures plus grosses, plus chères et plus rentables pour le constructeur, sinon pour l’utilisateur. Les motorisations électrique et hybride, dans l’air du temps, font partie du projet.

Mais surtout, plus que des idées pour vendre sur un marché exsangue, De Meo cherche à réduire les coûts de production, ce qu’il appelle la rationalisation. Début 2020, le groupe annonçait son intention de supprimer 15 000 emplois dans le monde et d’économiser 2 milliards d’euros sur trois ans. La fermeture de l’usine de Choisy, en banlieue parisienne, l’annonce de la suppression de 2 500 emplois dans les bureaux d’étude et les services administratifs, notamment au Technocentre de Guyancourt, et la reconversion de l’usine de Flins en une «re-factory» qui retaperait des boîtes de vitesses et des voitures d’occasion, tout est en place pour cette chasse aux coûts.

Au cours de la dernière décennie, le groupe a cependant accumulé des milliards de profits, se vantant encore en septembre de ses réserves de liquidités supérieures à 15 milliards d’euros, malgré les pertes. Ces milliards devraient servir à maintenir tous les emplois, embauchés, prestataires, sous-traitants et intérimaires : avoir un travail et pouvoir en vivre correctement est ce qu’il y a de plus normal, quitte à s’en prendre sinon à l’âme, du moins aux profits accumulés de Renault et de ses actionnaires.

Viviane LAFONT