Vaccination : une campagne mal engagée

13 Janvier 2021

Après un lancement poussif qui a valu au gouvernement une pluie de critiques, le ministre de la santé Olivier Véran se félicite car, le 10 janvier, près de 100 000 personnes avaient été vaccinées.

On est loin des millions vaccinés en Israël, Allemagne ou en Grande-Bretagne mais, le ministre l’affirme, « les chiffres vont grimper très vite, on va toucher les plus vulnérables, c’est là que des vies vont être sauvées ». Les vaccinodromes dont Véran ne voulait pas entendre parler pourraient se multiplier, passant de 169 le 8 janvier à près de 600 à la fin du mois. Le ministre cependant ne peut afficher le même optimisme pour la livraison des vaccins. Même si le vaccin Moderna, le second à être autorisé dans l’Union européenne, a été livré dès le 11 janvier, il n’y en a eu que 50 000 doses.

D’ailleurs on en est déjà à gérer le manque de vaccins puisque le ministre de la Santé a annoncé le 7 janvier qu’on décalerait l’injection de la deuxième dose de vaccin Pfizer six semaines après la première, au lieu des trois semaines recommandées par le laboratoire. C’est d’ailleurs déjà ce qui se fait en Grande-Bretagne, où la campagne a commencé plus vite et plus rapidement qu’en France.

Le gouvernement compte bien sûr sur les autres vaccins, celui d’AstraZeneca bientôt autorisé par l’Union européenne puis ceux des laboratoires Janssen et Curevac. Mais, même ainsi, il n’espère vacciner que 15 millions de personnes d’ici l’été 2021, loin donc des 60 % de la population qu’il faudrait traiter pour espérer obtenir une immunité collective.

La question des congélateurs se pose aussi, le seul fabricant français ayant apparemment du mal à répondre aux demandes ici et à l’étranger. On en est encore à espérer que chaque département pourra disposer d’un congélateur pour les vaccins Pfizer et Moderna, qui doivent être conservés à très basse température… La presse a aussi dénoncé le manque d’aiguilles pour ces injections en intramusculaire, des vaccinations ayant été faites avec des aiguilles pour des injections en sous-cutanée…

D’autres problèmes sont apparus, notamment avec le manque de personnel. Le gouvernement fera désormais appel aux pharmaciens pour faire les injections. Mais, comme les médecins, ceux-ci devront se déplacer dans les Ehpad ou les vaccinodromes où davantage de patients pourront être traités car, dans les pharmacies ou les cabinets médicaux, des doses pourraient être perdues.

Reste qu’en France la campagne de vaccination en est au tout début, au moment où l’épidémie pourrait rebondir comme en Grande-Bretagne. Généraliser rapidement la vaccination impliquerait une mobilisation de tous les moyens humains et matériels, dont le gouvernement, malgré ses belles déclarations, semble bien loin.

Cédric DUVAL