Twitter, Facebook, Gafa… : les chiens de garde 2.0 et les roquets 5G

13 Janvier 2021

La fermeture des comptes Twitter, Facebook et d’autres réseaux sociaux de Donald Trump a provoqué dans le monde entier des réactions aussi indignées qu’hypocrites.

« Menace pour la démocratie », « le patron d’une société privée ne peut pas organiser la censure » répètent les dirigeants politiques, de Merkel à Mélenchon en passant par Le Maire ou Le Pen.

En fermant le compte de Trump, Twitter a cloué le bec du président encore en titre de la première puissance mondiale, usager frénétique de ce média sur lequel il était suivi par 89 millions de personnes. Jack Dorsey, patron de Twitter ou Mark Zuckerberg, celui de Facebook, font bien sûr des calculs. Eux qui n’ont jamais censuré Trump durant son mandat, malgré les mensonges, les propos haineux et les énormités qu’il a proférés, jouent maintenant les vertueux. Ils donnent ainsi des gages aux démocrates qui reviennent au pouvoir avec des projets de loi visant à engager la responsabilité des sites hébergeurs pour les contenus publiés sur leurs plateformes et à contrôler un peu plus les Gafa.

Google, Facebook et autres Gafa ont effectivement un pouvoir considérable qui provient de leur taille et de leur puissance financière. Cela a conduit Merkel à dénoncer « une atteinte à la liberté d’expression » ou Bruno Le Maire à affirmer sur France Inter que « la régulation du numérique ne peut pas se faire par l’oligarchie du numérique ». Les dirigeants politiques au pouvoir, eux qui multiplient les lois sécuritaires, voudraient que les États gardent le monopole de la censure, au nom « du peuple souverain » bien sûr.

C’est là une belle hypocrisie. Bien avant l’invention d’Internet et des réseaux sociaux, tant avec les journaux papier qu’avec la radio et la télévision, les puissances d’argent, les grands patrons et les riches bourgeois se sont toujours donné les moyens de contrôler les médias. À diverses époques et dans divers pays, les Murdoch, Hearst, Springer, Berlusconi, Hersant, Lagardère ou encore Arnault ou Bolloré ont salarié « les chiens de garde » de l’ordre social. Par l’orientation de leurs reportages, la sélection de leurs journalistes, les calomnies contre des travailleurs en lutte, ces patrons de presse cherchent « à diffuser des idées saines » comme le déclarait sans rire en 2004 feu Serge Dassault, alors patron du Figaro. Ceux qui dénoncent « l’oligarchie du numérique » ne trouvent rien à redire quand Vincent Bolloré licencie un humoriste puis un journaliste sportif de Canal + ou quand, à l’inverse, il donne une tribune à Éric Zemmour sur Cnews à cause de ses multiples propos xénophobes et racistes, dont ils pensent qu’ils vont faire de l’audience.

La liberté d’expression et celle des médias ne peuvent être que très relatives dans une société dominée par le pouvoir de l’argent où certains peuvent acheter des chaînes de télévision ou des réseaux sociaux quand d’autres peinent à payer leur abonnement Internet. Quant aux lois qui prétendent encadrer la liberté d’expression, même sous prétexte de lutter contre la violence, l’incitation à la haine ou l’apologie du terrorisme, même quand elles sont votées par des parlements dits souverains, elles finissent toujours par être utilisées contre les exploités, les travailleurs en lutte et les militants qui contestent un ordre social injuste.

Xavier LACHAU