De Washington à Paris : quelle démocratie défendre ?

13 Janvier 2021

La classe politique française et les journalistes qui lui servent de porte-voix ont unanimement condamné l’attaque de l’extrême droite américaine contre le Capitole de Washington au nom de la « démocratie ». Mais laquelle ?

Depuis Macron affirmant que « le principe un homme, une voix est bafoué » jusqu’à Hollande parlant « d’affront aux démocrates du monde entier », tous invoquent la démocratie parlementaire. L’événement est ainsi présenté comme un épisode de l’histoire officielle résumée à un affrontement entre les démocraties et des extrémistes violents voulant les détruire. Tous les commentateurs ont embouché la même trompette. Les quelques précisions venant de Mélenchon ou du PCF, expliquant à juste titre que les coups de force antidémocratiques sont la pratique habituelle des États-Unis à l’extérieur de leurs frontières, ne changent rien à cette défense commune de la démocratie parlementaire. Tous, en dénonçant une tentative des fascistes américains aussi scandaleuse qu’inédite, ressassent qu’elle serait l’aboutissement nécessaire et insurpassable de l’histoire humaine.

Pourtant l’histoire tout entière, depuis les luttes de classes de l’Antiquité, est faite de foules de manifestants envahissant les lieux de pouvoir pour contraindre les gouvernants ou pour les renverser. La question est : quels manifestants, contre quel pouvoir, pour quelles revendications, avec quels espoirs ? Quand les esclaves de Spartacus marchaient sur Rome dans l’espoir de renverser le Sénat élu par les citoyens romains, qui étaient les démocrates ? Quand la force d’une grève générale a pu contraindre un gouvernement élu à prendre des mesures contraires à son cœur, comme en 1936 et en 1968 en France, qui étaient les plus démocrates ?

Les excités de Washington sont sans aucun doute des ennemis des travailleurs, leur racisme revendiqué et leur soutien au milliardaire Trump le montrent suffisamment. Les défenseurs du parlementarisme ne sont pas pour autant des amis des exploités. Car leur démocratie, et pas seulement l’américaine, est tout ce qu’il y a de relatif. Elle ne s’applique ni partout, ni toujours, ni à tout le monde. Au mieux, une fraction de la population a le droit, dans un tout petit nombre de pays riches et depuis très peu de temps, de donner un avis par voie électorale. Après quoi la classe dominante et son État ont le droit de ne pas en tenir compte. La bourgeoisie des pays impérialistes, celle des États-Unis en tête, gouverne en fait par la force brute, contre les travailleurs, contre les pays dominés, contre ceux qui contestent sa domination. Cette démocratie concerne en fait seulement ceux qui sont du bon côté du manche, les possédants et leur entourage politique, intellectuel et administratif. En période de crise, lorsque les tensions sociales s’aiguisent, que la pauvreté et les catastrophes s’abattent sur les travailleurs, que la politique des gouvernements leur est manifestement contraire, la fausseté des discours démocratiques apparaît. Les déclamations de Macron, Hollande, etc. sonnent alors creux et il ne reste aux classes populaires que le souvenir des coups reçus et la méfiance contre ceux qui les portent.

Aux États-Unis comme partout, le capital s’en prend de plus en plus férocement aux travailleurs. L’approfondissement de la crise économique accélère ce processus. L’extrême droite fasciste, dont les manifestants de Washington sont les éclaireurs et qui a des équivalents dans tous les pays, pourra servir à contraindre la classe ouvrière à coups de trique. Les défenseurs de la démocratie parlementaire, eux, font profession de ne contraindre les travailleurs qu’avec les matraques républicaines des policiers, tout en se prétendant un rempart contre les outrances fascistes.

Les travailleurs ne peuvent combattre la menace d’extrême droite qu’en se battant pour leurs intérêts de classe, c’est-à-dire en contestant le pouvoir politique du grand capital, même sous la forme du gouvernement de ses larbins parlementaires. Pour instaurer une véritable démocratie des travailleurs, ceux-ci peuvent aller jusqu’à envahir les lieux de pouvoir, pour leur propre compte !

Paul GALOIS