Retraites : la peau de chagrin

06 Janvier 2021

L’annonce pour janvier 2021 d’une revalorisation de 0,4 % des pensions du régime général des retraités est déjà en elle-même un scandale, tant elle est ridiculement limitée. En réalité elle ne fait qu’ajouter un épisode à l’attaque subie depuis des années par l’ensemble des retraités, du privé comme du public.

Vingt millions d’anciens travailleurs vivent aujourd’hui avec une pension de retraite ou de réversion.

Depuis 1993, l’attaque contre les ressources des retraités et futurs retraités a été une constante des gouvernements et du patronat. Mais en plus des réformes successives des retraites on a assisté depuis 2014 à une dégradation continue du pouvoir d’achat des pensions.

Alors que l’inflation officielle s’établit à 7,4 % depuis 2014, loin de la réalité de la hausse des prix, les pensions de retraite du régime général n’ont augmenté au total que de 2,12 %. Hollande a inauguré le blocage des pensions avec une augmentation zéro en 2014 et 2016 et de 0,1 % en 2015. Macron a pris la suite. Après une revalorisation « exceptionnelle » de 0,8 % en 2017, celle qui aurait dû avoir lieu en octobre 2018 a été repoussée en janvier 2019 et limitée à 0,3 %. En 2018, le blocage des pensions de retraite complémentaires s’y est ajouté. Le recul des ressources des retraités a été estimé officiellement à 2,6 %. Les retraités de la fonction publique ou des secteurs publics dépendant de l’Ircantec ont été traités de la même façon.

Les attaques ont aussi porté, pour les 16 millions de retraités du privé affiliés aux régimes Arrco et Agirc, sur les retraites complémentaires, qui peuvent représenter plus de 40 % du montant global. En 2015 un accord a prévu que la revalorisation de ces retraites complémentaires serait inférieure de 1 % à l’indice officiel des prix, ce qui a entraîné leur blocage. À cela s’est ajouté une décote de 10 % pendant trois ans de la pension complémentaire des nouveaux retraités partant après 42 ans de cotisations, ce qui est le dispositif légal aujourd’hui.

Enfin en 2018, pour tous les retraités dont le revenu fiscal était supérieur à 14 404 euros, soit 1 200 euros par mois, la cotisation de CSG est passée de 6,6 % à 8,3 % de la pension. Le minimum vieillesse étant aujourd’hui à 900 euros, à ce train-là il pourrait devenir la référence de rémunération pour des millions d’anciens travailleurs !

Les instituts officiels constataient déjà en 2018 une baisse de 4,7 % sur dix ans du montant de la pension globale des retraités. Les pensions de retraite comme les salaires doivent être massivement revalorisés, puis augmentés régulièrement en fonction de la hausse réelle du coût de la vie, contrôlée par les travailleurs eux-mêmes.

Paul SOREL