Dissolution du CCIF : arbitraire et basse politique

06 Janvier 2021

Suite aux assassinats terroristes perpétrés par des islamistes à Conflans-Sainte-Honorine et à Nice, le gouvernement a dissous par un décret en date du 2 décembre le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF).

Quelles que soient les thèses du CCIF, et elles sont fort éloignées voire opposées aux valeurs du mouvement ouvrier, cette dissolution et les raisons invoquées par le gouvernement, ses arguments juridiques et ses méthodes administratives apparaissent comme de dangereux précédents.

La décision s’appuie sur le Code de sécurité intérieure, qui permet la dissolution de toute association provoquant à la haine raciale ou se livrant à des agissements en vue de provoquer des actes de terrorisme. Or l’administration ne peut citer aucune déclaration du CCIF de cette nature et il n’existe aucune poursuite pénale pour ces motifs contre cette association. Le décret affirme en revanche, et on veut bien le croire sur ce point, qu’il existe sur les réseaux sociaux des commentaires racistes, antisémites, islamistes, etc. émanant soit de membres du CCIF, soit de personnes commentant ses prises de position. Mais, jusqu’à aujourd’hui, on ne pouvait dissoudre une association ou un parti à cause des commentaires qu’il suscite.

L’autre argument, si on peut dire, du pouvoir est que le CCIF a taxé d’islamophobes certaines des mesures prises au motif de la lutte contre le terrorisme. D’une part, cette critique est largement fondée, car ladite lutte contre le terrorisme se résume en bonne partie à une campagne contre les immigrés et les musulmans, le gouvernement et les médias reprenant les thèmes de l’extrême droite. D’autre part et surtout, il s’agit là de la part du CCIF d’une critique politique des actions gouvernementales, du même ordre et énoncée par les mêmes moyens que celles venant d’autres milieux et organisations, sur tous les terrains. Le gouvernement assimile donc le fait de ne pas approuver sa politique à une provocation au terrorisme, et cela lui suffit pour fermer par décret la voix d’une organisation qui le critique.

À ce compte-là, le pouvoir pourrait dissoudre nombre de partis ou d’associations. Par exemple, dénoncer la présence au Mali de l’armée française, qui y intervient au nom de la « lutte contre le terrorisme », et exiger son retrait, pourrait avec la même logique répressive être taxé de complicité avec le terrorisme. Avec quelles conséquences ?

Aujourd’hui, l’arbitraire gouvernemental est surtout un argument électoral pour gagner des voix à droite et à l’extrême droite, voire tout simplement pour donner l’impression que le gouvernement fait quelque chose. Pourtant, la facilité avec laquelle l’administration bâillonne des gêneurs va de pair avec l’allégresse de la police à utiliser ses matraques et avec la rapidité de la justice pour condamner les manifestants.

Paul GALOIS