Des fichiers pour préparer l’avenir

06 Janvier 2021

Le 4 janvier, le Conseil d’État a rejeté la requête des syndicats CGT, FSU et FO ainsi que d’associations de défense des droits humains contre l’élargissement de trois fichiers de police.

Censés préparer le recrutement dans la fonction publique ou prévenir des atteintes à la sécurité publique, ces fichiers collectant des informations très personnelles existent déjà depuis des années. Mais les quelques ajouts vont tout à fait dans le sens sécuritaire déjà dénoncé à propos de la loi Sécurité globale qui a fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de manifestants.

Il y est précisé, en toutes lettres, que les services de renseignement pourront collecter et conserver des informations sur « les opinions politiques, les convictions philosophiques, religieuses ou une appartenance syndicale » ainsi que des « données de santé révélant une dangerosité particulière », tout cela s’ajoutant à des informations diverses sur les comportements et habitudes de vie, les déplacements, les pratiques sportives, les activités sur les réseaux sociaux.

Darmanin réfute évidemment toute tentative de créer un délit d’opinion mais, comme il l’a déclaré sur France Info le 10 décembre : « Les opinions et les activités politiques en lien avec les partis extrémistes, ceux qui prônent justement la séparation, la révolution, doivent être connus par les services de renseignement. » Bien sûr, à l’entendre, il n’a en ligne de mire que les suprémacistes, les racistes, les personnes suspectées de hooliganisme, de terrorisme ou de violences lors de manifestations… dont chacun sait qu’elles ne sont jamais le fait de la police !

Il faudrait être naïf pour imaginer que les services de renseignement ont attendu ces modifications pour collecter tout ce qu’ils peuvent, avec ou sans autorisation. Mais donner une forme légale à cette généralisation de l’inquisition n’est pas seulement la marque de fabrique de Darmanin, soucieux de plaire à la droite dure. Cela peut, sous ce gouvernement ou sous un autre, renforcer la répression par exemple contre des travailleurs en lutte, quitte à les taxer pour l’occasion de hooliganisme.

Sylvie MARÉCHAL