De qui se moquent-ils ?

06 Janvier 2021

Trente-cinq dirigeants de grandes entreprises ont signé, dans le Journal du dimanche, une pétition appelant leurs homologues à « proposer plus de 100 000 offres d’emploi [aux jeunes chômeurs] d’ici à fin janvier ».

On pourrait sourire jaune à cette évocation des bonnes résolutions prises en début d’année et jamais tenues. Mais les signataires, qui ont pignon sur rue et souvent cotation en Bourse, se nomment BNP Paribas, Microsoft, la Société générale, Carrefour, Total, Engie, Vinci, La Poste, la SNCF, Korian, Adecco et autres. Ils n’ont pas peur d’appeler à « une mobilisation collective pour la jeunesse française ». Sans plaisanter, ils dénoncent la situation des jeunes, « loin d’être évidente », surtout compte tenu des « risques supplémentaires que fait désormais peser l’épidémie sur la nouvelle génération ».

Rien n’est dit bien sûr quant à la source de cette situation : le chômage de masse qui affecte le monde du travail, et les jeunes bien davantage, privés et d’accès à l’emploi et de tous les petits boulots qui faisaient leur quotidien. Rien n’est cité parmi les plans de suppressions d’emplois que ces patrons et leurs semblables ont produits depuis des années, et plus encore depuis la crise sanitaire. C’est le silence sur les milliers de postes menacés par la fusion de la Société générale et du Crédit du Nord, comme sur les milliers supprimés par Carrefour au sein de son siège, ou dans le cadre de la fermeture des magasins Dia, durant les deux dernières années ; silence sur les 7 000 postes supprimés en trois ans par la SNCF, les 3 000 par Total dans sa filiale Hutchinson et les 700 menacés par la fermeture de sa raffinerie de Grandpuits…

Et, toujours sans plaisanter, les capitalistes signataires indiquent que le plan gouvernemental de plus de 7 milliards d’euros, sous forme « d’aides massives à l’embauche et à l’apprentissage », est une intéressante incitation à embaucher. D’ailleurs, sur les mêmes pages, la ministre du Travail s’est félicitée du succès du plan Un jeune, une solution, lancé en juillet, qui selon elle « a déjà permis de quasiment effacer l’écart qu’on constate en période de crise entre la hausse du chômage des jeunes et celui du chômage des autres classes d’âge ».

Si les grands patrons jouent les rois mages pétitionnaires, ils ne parviendront pas à dissimuler que, licenciant à tour de bras pour gonfler leur galette, ce sont bien eux les faiseurs de chômage.

Viviane LAFONT