Accidents du travail : perdre sa vie à la gagner

29 Décembre 2020

Le 22 décembre, un ouvrier d’Eiffage âgé de 41 ans et père de trois enfants est mort à La Courneuve. Il travaillait sur le chantier de la ligne 16 du Grand Paris Express, le supermétro francilien dont les travaux ont été lancés en vue des Jeux olympiques de 2024.

C’est, à ce jour, la seule victime d’un accident du travail mortel sur ces chantiers. Mais, la semaine précédente, un ouvrier d’Eiffage avait chuté sur un autre chantier de la future ligne 16 situé à Saint-Denis, et il souffre d’une triple fracture du fémur.

Ces drames rappellent que, après celui de la pêche, le secteur du BTP est le plus accidentogène, selon les chiffres publiés par l’Assurance-Maladie, même s’ils sont en baisse pour ce secteur depuis plusieurs années sans que l’on sache si cela reflète une meilleure protection des ouvriers ou une dissimulation accrue des accidents du travail.

La sous-déclaration des accidents et des maladies professionnelles est pratiquée par des entreprises de tous secteurs pour minimiser leurs cotisations à la branche spécialisée de la Sécurité sociale, dont le taux est calculé en fonction des déclarations. C’est une fraude classique, tolérée par les autorités, qui engagent de moins en moins de procédures pénales à l’encontre d’entreprises ne respectant pas la règlementation de protection de la santé de leurs employés.

Par ailleurs, il n’existe pas de base de données nationale répertoriant tous les accidents du travail déclarés, même pas ceux qui entraînent la mort. Les chiffres concernant les travailleurs du secteur public, en particulier, ne sont justement pas rendus publics.

La Sécurité sociale publie les chiffres en rapport avec les salariés des entreprises privées, soit environ 16 millions de travailleurs : en 2019, elle a enregistré 655 715 accidents du travail, chiffre en hausse de 0,6 % par rapport à ceux de 2018, qui étaient eux-mêmes en hausse de 2,9 % sur ceux de 2017.

En 2018, la Sécurité sociale dénombrait 551 accidents mortels sur le lieu de travail, dont les victimes travaillaient dans le privé, 21 de plus qu’en 2017. À quoi i l faut ajouter les 482 décès (chiffre basé sur 26 millions de salariés) par accident de trajet entre domicile et lieu de travail, ou en déplacement professionnel.

Le total équivaut à presque trois décès du travail officiellement chaque jour. Et il faudrait encore le multiplier pour tenir compte des maladies professionnelles mortelles, notamment par cancer, après le départ en retraite.

Les rapports officiels de l’administration ou des parlementaires qui s’accumulent montrent que les accidents du travail sont un angle mort de la santé publique. C’est un drame social quotidien qui se perpétue pour une simple raison : dans cette société, le patronat est maître chez lui et il est libre y compris de contraindre ses salariés à travailler dans des conditions dangereuses.

Lucien DÉTROIT