Union européenne : au bord du gouffre, encore un pas en avant

16 Décembre 2020

Jeudi 10 décembre, les dirigeants des 27 pays membres de l’Union européenne ont entériné le plan de relance de 750 milliards d’euros en discussion depuis mai 2020. La décision a été saluée comme un pas en avant de la construction européenne. En réalité, elle est significative de la profondeur de la crise économique qui frappe dans le sillage de l’épidémie de Covid-19.

Les États nationaux, en particulier les plus puissants, naviguent à vue, en faisant ce qu’ils font toujours : appuyer sur tous les leviers pour arroser leur bourgeoisie et leurs capitalistes. L’Union européenne constitue un de ces leviers, et non des moindres. Elle va distribuer 390 milliards d’euros sous forme de subventions, et le reste, 360 milliards, sera composé de prêts à des taux proches de zéro. La France touchera ainsi 40 milliards de subventions, prévus pour financer le plan de relance présenté par Castex en septembre dernier.

Tout cela en principe est surtout destiné à soutenir les économies des pays du sud de l’Europe, l’Espagne, l’Italie, qui pèsent lourd tout en étant les plus fragiles. Angela Merkel se montre convaincue de la nécessité de mutualiser les dettes que ce plan de relance va inaugurer pour l’UE, ce à quoi l’Allemagne s’était toujours opposée jusqu’à l’aggravation de la crise au printemps dernier. L’argent sera emprunté sur les marchés financiers et remboursé selon le poids des économies des 27. Ainsi, alors que l’Union européenne n’est pas un État unifié, elle sera la garante d’une dette commune.

Le scénario par lequel le plan de relance a été adopté est justement significatif des tiraillements, pour ne pas dire des forces centrifuges qui menacent l’Union européenne. Jusqu’à la réunion du 10 décembre, le Hongrois Orban et le Polonais Kowalski menaçaient de maintenir leur veto. Le prétexte à cette opposition était que les subventions seraient subordonnées à des engagements sur l’État de droit, alors que ces dirigeants de pays d’Europe de l’Est sont engagés dans une surenchère nationaliste et réactionnaire qui menace les droits les plus élémentaires de la presse, des minorités sexuelles, et jusqu’à l’avortement. Les milliards promis par le plan de relance et l’urgence de la situation économique en général ont décidé chacun à mettre de l’eau dans son vin : les clauses sur l’État de droit à respecter ne s’imposeront qu’à partir de 2022, à la fin du mandat d’Orban. Cela a convaincu les dirigeants hongrois et polonais de lever leur veto, en fait tout simplement de s’incliner devant les puissances impérialistes de l’UE, en particulier l’Allemagne, qui peuvent s’accommoder de régimes réactionnaires en Europe du moment qu’ils ne deviennent pas des obstacles à la bonne marche des affaires.

Alors que la crise économique n’est qu’à son début et qu’elle s’annonce dévastatrice, des commentateurs se rassurent en disant que l’adoption du plan de relance inaugure une solidarité plus grande entre États de l’Union européenne. Ces subventions ou prêts à taux zéro, qui finiront dans les coffres des capitalistes ou dans les circuits de la spéculation, font penser bien plus à une fuite en avant pour tenter de conjurer le risque d’un éclatement de l’UE.

Boris SAVIN