Police : souriez, vous êtes fichés

16 Décembre 2020

Trois décrets publiés le 4 décembre modifient le Code de la sécurité intérieure, censé régir l’action de l’État en matière de maintien de l’ordre et de renseignement intérieur. Ils augmentent le nombre d’informations et de personnes légalement susceptibles d’être fichées.

Ces décrets facilitent les croisements entre fichiers et élargissent nettement la portée légale de trois d’entre eux. Cela concerne celui sur la prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP), celui sur la gestion de l’information et la prévention des atteintes à la sécurité publique (GIPASP) et enfin celui des enquêtes administratives liées à la sécurité publique (EASP). D’après le ministère de l’Intérieur, ces trois fichiers représentent respectivement environ 61 000, 67 000 et 222 000 personnes. Gérés par la police et la gendarmerie, les deux premiers visent les personnes dont les activités porteraient atteinte à la sécurité publique (hooliganisme, participation à des manifestations violentes…), tandis que le dernier sert lors d’enquêtes préalables à certains recrutements, pour les employés de centrales nucléaires ou les conducteurs de bus, par exemple.

Sous couvert de lutte contre le terrorisme et l’intégrisme islamiste, ces fichiers sont étendus à toutes les personnes jugées dangereuses pour la sûreté de l’État ou « susceptibles de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Darmanin a d’ailleurs jugé bon de préciser que cela inclut également les personnes liées aux partis « qui prônent la révolution ». Serait également autorisé le fichage des participants à une manifestation correspondant à ces critères, ainsi que de l’entourage des personnes suspectes, notamment leurs parents et leurs enfants.

L’État cible ouvertement les opinions politiques, philosophiques et religieuses des personnes fichées, ou l’appartenance à des associations, comme un syndicat. Les fichiers contiennent aussi de nouvelles rubriques : les « comportements et habitudes de vie », les « facteurs de fragilité » (addictions, faits dont on aurait été victime), les troubles psychologiques et psychiatriques dont souffriraient les personnes fichées.

Dans son avis sur ces décrets, la bien mal nommée Commission informatique et liberté (CNIL) remarque sans sourciller qu’ils cherchent à « tenir compte de l’évolution des pratiques » et à les « régulariser ».

En effet, tout cela se faisait déjà depuis longtemps mais plus ou moins officieusement. Le fichage par la police est aussi vieux que celle-ci. Derrière le voile démocratique, l’État est fondamentalement constitué d’une bande d’hommes en armes chargés de conserver la société telle qu’elle est, c’est-à-dire dominée par la grande bourgeoisie. Il en va de même dans les entreprises. Dans nombre d’entre elles, le patronat n’a pas attendu ces décrets pour constituer des dossiers sur les travailleurs.

Clairement le gouvernement se saisit de la situation pour avancer l’idée qu’il est normal que la population soit surveillée et contrôlée. Plus il montre sa vraie nature, plus il aura de monde à inclure dans ses fichiers.

Sacha Kami