Macron-Sissi : la médaille et son revers

16 Décembre 2020

Tout s’était si bien passé le 7 décembre entre Macron et Sissi, le président-dictateur égyptien venu récupérer un stock d’armement très important, qu’on aurait pu croire la séance close. Eh bien, non ! Une partie des petits à-côtés, qui devaient rester secrets, ont été révélés et ont fait scandale. Pas en France, certes, mais au moins en Italie.

Macron voulait tellement flatter son collègue égyptien qu’il a tenu à lui remettre la Légion d’honneur. Et pas n’importe laquelle, la plus prestigieuse, la Grand-Croix. Certes, il ne s’agit que d’une breloque qui ne flatte que ceux qui sont prêts à l’être. Mais le décorum républicain veut que cette décoration soit attribuée aux hommes (beaucoup plus rarement aux femmes) ayant rendu des services méritoires à la république française, selon les valeurs propres aux possédants. Macron, sentant que cela pouvait soulever quelques remous, a gardé secrète cette cérémonie.

Seulement voilà, les services secrets égyptiens accompagnant Sissi, eux, ont filmé la scène de décoration. Et une fois rentrés au pays, pour flatter leur cher président, ils l’ont fait diffuser sur la télévision égyptienne. Le film de la cérémonie est sorti d’Égypte et a été rendu public en Italie.

En janvier 2016, le corps de Giulio Regeni, jeune doctorant italien en sociologie travaillant avec les syndicats en Égypte, avait été retrouvé sur le bord d’une route, mutilé par suite de tortures. Le scandale a été grand en Italie, et n’a pas été oublié entraînant des protestations chaque fois qu’un gouvernement italien ou européen affiche sa proximité avec le dictateur du Caire. Cette fois, c’est Corrado Augias, journaliste et écrivain de gauche connu, qui a annoncé qu’il allait démonstrativement se rendre à l’ambassade de France pour rendre la légion d’honneur aux autorités françaises qui l’en ont décoré.

Le scandale portera sans doute un peu ombrage à Macron. Mais l’important n’était-il pas de cajoler un allié qui, tout dictateur qu’il est, peut s’avérer important pour les visées stratégiques de l’impérialisme français, sans parler de ses ventes d’armes ?

Paul SOREL