Logement : colère de ministre

16 Décembre 2020

La ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, s’en est prise le 7 décembre sur RTL aux maires qui disent que le logement social « c’est bien, mais pas chez eux » et préfèrent payer une amende plutôt que d’en construire suffisamment pour atteindre 25 ou 30 % de l’ensemble des logements de leur commune en 2025.

Bien sûr, c’est choquant, mais c’est l’arbre qui cache la forêt, c’est-à-dire la carence de l’État pour construire des logements accessibles. Car, malgré les milliards distribués pour « relancer l’économie », il n’est pas prévu d’attribuer ne serait-ce qu’une petite partie du Budget à la construction de logements à prix coûtant, ni même d’annuler la ponction des APL d’au moins 1,3 milliard d’euros par an sur les organismes HLM. Il n’est pas non plus envisageable de limiter le profit des géants du BTP et des promoteurs.

Non seulement l’État a très fortement diminué sa politique de construction de logements accessibles, mais il est bien incapable de lutter sérieusement contre les lois du marché capitaliste qui éloignent de plus en plus de catégories populaires des centres-villes. Reste à la ministre la faculté de faire les gros yeux aux maires qui ne veulent pas de pauvres chez eux. Mais, même sur ce terrain qui n’engage ni son budget ni les profits de l’immobilier, il n’est pas question de mesures vraiment efficaces. Sur le millier de communes concernées par le seuil à atteindre de 25 ou 30 % de logements sociaux, 550 sont répertoriées comme étant en déficit, et seulement 251 sont susceptibles d’encourir une amende. Et, au bout du compte, Emmanuelle Wargon envisage, comme si c’était un exploit, de demander à des préfets de prendre en main l’attribution des permis de construire à la place des maires défaillants, « dans 15 à 20 communes » ! Et, même dans ces cas qui resteront très exceptionnels, rien ne dit que des HLM seront effectivement construits.

En revanche, quand des maires prennent une initiative en faveur de la population, comme par exemple un arrêté pour interdire les expulsions locatives ou l’usage du glyphosate, les préfets ne se privent pas de faire casser leurs décisions par les tribunaux.

Jean SANDAY