IVG : un timide pas en avant

16 Décembre 2020

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) vient de rendre un avis favorable à la proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale en octobre, qui vise notamment à allonger les délais légaux pour recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

Alors que la proposition de loi avait été adoptée à la majorité dès la première lecture, le gouvernement a fait appel au CCNE pour temporiser, prétextant que tout le monde n’était pas d’accord sur le sujet. D’ailleurs, la manœuvre a en partie réussi puisque, si le comité a approuvé l’allongement des délais, il a en revanche demandé le maintien de la clause de conscience, qui permet aux médecins de refuser de pratiquer une IVG. Les femmes pourront donc avorter... à condition qu’elles trouvent un médecin qui accepte de le faire.

La question est en effet celle des moyens, alors que le nombre de centres pratiquant l’IVG ne cesse de diminuer – moins 8 % en dix ans – et que 3 000 à 5 000 femmes sont contraintes chaque année d’aller avorter à l’étranger. Rappelons au passage que même l’allongement des délais légaux de 12 à 14 semaines reste très en deçà de ce qui se fait dans certains pays européens : aux Pays-Bas ou en Espagne, il est possible de pratiquer une IVG jusqu’à 22 semaines de grossesse.

Si la proposition de loi est adoptée – et rien n’est encore joué, puisqu’elle doit encore être examinée par le Sénat –, elle ne changera pas fondamentalement la situation des femmes cherchant à avorter, surtout si aucun crédit n’est alloué à la défense de ce droit élémentaire des femmes à disposer de leur corps. Il est vrai qu’il est attaqué un peu partout en Europe, à commencer par la Pologne, où des milliers de femmes protestent actuellement contre l’interdiction quasi totale de l’avortement. Avec cette loi, le gouvernement français se donne donc à bon compte des allures progressistes, tout en limitant sa mise en pratique pour plaire à la partie la plus réactionnaire de son électorat.

Camille PAGLIERI