Il manque un vaccin contre les profiteurs

16 Décembre 2020

La vaccination contre le coronavirus a commencé en Angleterre et aux États-Unis. Une vaccination efficace est sûrement le meilleur moyen de mettre fin à la pandémie. Mais il est tout aussi sûr que les promoteurs de ces campagnes massives défendent tout autre chose que la santé publique, et bien des inquiétudes pèsent encore sur le bon déroulement et l’efficacité de ces vaccinations.

Trump avait fait du lancement le plus rapide possible de la vaccination un enjeu électoral. Il tient maintenant à mettre à son compte le démarrage de celle-ci avant son départ de la Maison-Blanche. En Angleterre, la première personne vaccinée a été présentée comme une héroïne et les dirigeants politiques se sont largement vantés d’être les premiers en Europe a débuter la vaccination. Ailleurs dans le monde, Vladimir Poutine avait donné le ton, le 11 aôut, en mettant en avant le vaccin russe Spoutnik 5 et en affirmant qu’une de ses filles était déjà vaccinée. La Chine, quant à elle, vaccine largement depuis août.

De nombreux chercheurs réalisent des prouesses dans la recherche d’un vaccin. Des techniques innovantes et porteuses d’avenir, comme celle de l’ARN messager, ont été utilisées dans des délais très courts et cette précipitation peut être justifiée par l’ampleur de l’épidémie actuelle. Mais avant le 8 décembre aucune étude validée par la communauté scientifique n’avait encore été publiée. Les médecins n’avaient donc aucun moyen de se faire un avis sur la fiabilité des différents vaccins en préparation.

Cette situation conduit par exemple le Pr Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à émettre des réticences sur certains vaccins en refusant de faire « une confiance aveugle et absolue aux laboratoires pharmaceutiques ». On ne peut que partager cette méfiance. Comme toute entreprise capitaliste, les laboratoires en question ont comme premier objectif de réaliser un maximum de profit et l’histoire récente a montré qu’ils ne reculent pas devant les méthodes les plus douteuses pour y parvenir.

Vacciner plusieurs centaines de millions de personnes dans le monde en quelques mois est aujourd’hui théoriquement possible. Quant à réussir à le faire, et à le faire de façon efficace, c’est un autre problème. En effet, au lieu de collaborer, les laboratoires et les États qui les soutiennent vont chercher à placer avant tout « leur » vaccin, même s’il rencontre des problèmes et est moins efficace que celui du voisin. D’autre part l’épidémie a clairement touché les plus pauvres, mais les vaccins ne seront que rarement pour eux. Pour que le progrès scientifique devienne réellement un progrès pour l’humanité, le mur à franchir est encore une fois celui du profit.

Jean POLLUS