Climat et référendum : le gadget constitutionnel de Macron

16 Décembre 2020

Macron a réussi son coup, lundi 14 décembre, à la toute fin de sa rencontre avec les citoyens de la Convention pour le climat (CCC), quand il a annoncé un référendum pour intégrer le climat à la Constitution.

Les témoins rapportent que les participants ont fini par applaudir. Mais à quoi ? À l’annonce d’un référendum, réclamé par la CCC, ou au tour de passe-passe d’un président multirécidiviste ?

Quand Macron avait réuni en convention 150 citoyens tirés au sort, dans la foulée du mouvement des gilets jaunes, c’était à l’en croire pour animer un « grand débat national » avec de « vrais gens ». Il voulait avoir l’air de faire écho au mouvement des gilets jaunes, pour mieux faire passer à la trappe leurs revendications sociales.

Macron avait procédé à un nouvel exercice de communication quand la Convention avait rendu ses conclusions. Il avait promis de les retenir « sans filtre ». Mais peu après il les enterrait, assénant avec mépris : ce n’est pas « parce que 150 citoyens ont écrit un truc » que « c’est la Bible ou le Coran ».

Le chef de l’État tente maintenant de rattraper ce faux pas en sortant de son chapeau ce réfé­rendum-gadget. C’est, en fait, un attrape-nigaud à triple détente.

Macron promet en effet un référendum, dont il sait qu’il dépendra de l’adoption d’un même texte par les deux Chambres. Or comme le Sénat, dominé par la droite, est notoirement hostile à l’objet de ce référendum, sa promesse n’engage que ceux qui y croiraient.

Mais, même à supposer qu’un référendum ait lieu et recueille la majorité, même si la Constitution était modifiée pour y intégrer que « la république garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique », qu’est-ce que cela changerait pour la population, y compris dans le domaine du climat ?

Rappelons que la Constitution actuelle stipule que la France est une « république sociale » et, comble de dérision, affirme dans ses versions de 1946 et de 1958 que « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ». Ce « droit » et ce caractère « social », des générations de travailleurs (et de chômeurs) ont pu les apprécier à leur juste valeur. Alors, ce n’est pas un article de plus dans la Constitution qui empêchera la mer de monter.

Pierre LAFFITTE