Roissy aéroport : les patrons profitent du Covid

09 Décembre 2020

Dans la zone aéroportuaire de Roissy, le nombre de vols est tombé au dixième de ce qu’il est en temps normal. Et les patrons en ont profité.

Côté emplois, l’hécatombe se poursuit, après des milliers de CDD et de contrats d’intérim non renouvelés dès mars dernier. Aéropass, Visual, Servair, Air France, ADP, Europe Handling, la liste est longue des patrons qui ont lancé des plans de départs volontaires, des plans de licenciements ou d’autres formules. Certains ont procédé à des licenciements individuels par fournées de neuf, pour éviter d’avoir à faire un plan.

En parallèle, ils ont fait partout le même chantage : la signature d’un accord de compétitivité, qui entérine des baisses de salaire ou de primes, en échange d’une promesse de garantie de l’emploi et du maintien de l’indemnisation du chômage à 84 %.

Chez Servair (fourniture de plateaux-repas à de nombreuses compagnies, etc.) la direction a fait signer des reculs importants sur les horaires, les primes, les 13e et 14e mois, la polyvalence… Mercredi 2 décembre, 200 de ses salariés se sont rassemblés devant l’une des unités (Servair 1) pour protester et dire qu’ils n’étaient pas liés par ces chiffons de papier. Servair n’est pas un petit commerçant au bord de la faillite, mais une grosse entreprise qui a largement les moyens de répartir le travail entre tous ses salariés, au lieu d’en laisser une partie sur le carreau.

Dans le domaine de la sûreté (notamment le contrôle des passagers à l’embarquement), chez Seris par exemple, un accord a aussi été signé : un engagement théorique à ne pas licencier et la prolongation du chômage partiel en 2021 contre des reculs. Ailleurs, d’autres accords ont été conclus qui dégradent les rémunérations ou les conditions de travail, et les patrons de la sûreté viennent de dénoncer la prime PASA qui équivalait à un 13e mois.

Partout, les conditions de travail empirent. Chez City One Welcome (accueil), il faut faire face à l’afflux de passagers depuis que la direction d’ADP (Aéroports de Paris) les a concentrés sur les terminaux E et F. Il faut les trier, entre ceux qui sont déjà testés et les autres, et les salariés ont du mal à garder les distances. Plusieurs ont été touchés par le Covid sans que la direction en informe les autres. Quant aux plannings, elle convoque les salariés d’un jour à l’autre pour quelques heures, parfois 3 heures de travail à peine, même les dimanches et les jours fériés. Cela permet de faire payer le reste par le chômage et de ne pas verser de primes, tout en désorganisant la vie des salariés. Les « commandes d’ADP » – qu’invoque la direction – ont bon dos : ce qui commande ce patronat rapace, c’est surtout l’objectif du profit.

Dans une autre unité, City One Bag, qui s’occupe des bagages, la direction a pris des stagiaires alors qu’elle mettait l’ensemble du personnel au chômage partiel : une façon de continuer son activité en prenant les subventions de l’État.

La direction d’ADP, elle, continue à vouloir imposer des baisses sur les paies pouvant représenter plus de 500 euros par mois. Mais, l’accord de compétitivité n’ayant pas été signé, elle ne peut plus essayer de se prévaloir de la caution des salariés. Une rupture conventionnelle collective vient d’être proposée, avec 1 150 départs, dont 700 non remplacés. Ces 700 emplois détruits signifient donc 700 jeunes qui ne seront pas embauchés, 700 chômeurs supplémentaires, et l’aggravation des conditions de travail pour ceux qui restent.

Comme partout, les patrons du secteur aérien invoquent de prétendues pertes pour faire accepter des reculs, sous la menace de licenciements si les travailleurs n’acceptent pas. Mais durant toutes les années où le transport aérien explosait, ils se sont largement enrichis. Les travailleurs n’ont aucune raison de pleurer avec eux.

Correspondant LO