Procès Sarkozy : spectacle au tribunal

09 Décembre 2020

Depuis le 23 novembre, Nicolas Sarkozy comparaît dans l’affaire Bismuth, du nom de son pseudonyme sur une ligne secrète, à l’usage d’après lui « de simples bavardages » avec son avocat.

L’ancien président ainsi que son avocat Thierry Herzog et l’ex-avocat à la Cour de cassation Gilbert Azibert sont jugés pour corruption et trafic d’influence. Les deux premiers ont essayé, d’après les juges d’instruction, d’obtenir du troisième des informations confidentielles sur une décision à venir de la Cour de cassation, en échange d’un poste honorifique à Monaco.

Lundi 7 décembre, le Sarkozy des grands jours était à la barre. Alternant déclaration solennelle sur son incorruptibilité, colère froide, sanglots rentrés et autres pitreries, il a au moins fait la démonstration de ses talents intacts de comédien, une qualité indispensable aux hommes politiques de premier plan.

À chaque question des juges, Sarkozy a répondu par une pirouette accompagnée d’un arc-en-ciel de mimiques. L’ouverture d’une ligne secrète ? L’équivalent de WhatsApp pour l’époque. Les paroles échangées avec son avocat sur « le truc à Monaco », auquel Sarkozy avait répondu par « Je le ferai monter » ? Un bavardage entre amis. Ses demandes d’information à un membre de la Cour de cassation ? « Je voulais connaître l’ambiance. » Le voyage à Monaco ? Un voyage en famille pour soigner ses migraines. L’appui à Azibert pour obtenir un poste ? Un service à son ami avocat. « Jamais, jamais, jamais je n’ai eu conscience que Thierry (Herzog) aurait commis le moindre délit que ce soit. » À l’époque, un « coup de pouce » à un « frère », qui prend au tribunal des airs de coup de poignard dans le dos !

Pour dénoncer à l’audience l’acharnement des juges et des médias à le traîner dans la boue, Sarkozy a rappelé la liste des « scandales qu’on a essayé de me mettre sur le dos : Clearstream, Bettencourt, Bygmalion, Kadhafi, Bismuth ».

Même très incomplète, cette liste en dit long sur le parcours finalement assez commun d’un dirigeant politique qui fut vingt ans député, vingt ans maire de Neuilly, sept ans ministre et cinq ans président au service de la grande bourgeoisie.

Gilles BOTI