Bangladesh : les Rohingyas déportés

09 Décembre 2020

Les autorités du Bangladesh ont commencé à transférer sur une île inhabitée, à 70 kilomètres du continent, près de 1 000 réfugiés rohingyas chassés de Birmanie. Cette île, balayée par les cyclones et souvent envahie par les eaux, est un mouroir où le gouvernement du Bangladesh compte à terme enfermer 100 000 réfugiés rohingyas.

Les Rohingyas, une minorité musulmane de Birmanie, sont en butte aux persécutions depuis des décennies. L’État birman, alors au main d’une junte militaire, leur a retiré leur existence légale en 1982. Devenus apatrides, leurs droits n’ont cessé d’être bafoués, leurs terres confisquées. Le transfert du pouvoir à un gouvernement civil en 2011, puis en 2015 et à nouveau en 2020, l’élection de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991 pour sa résistance à la dictature, n’ont rien changé.

Fin 2016, puis en 2017 et 2018, des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont fui au Bangladesh, pays frontalier. Près d’un million s’entassent dans des camps surpeuplés, sans hygiène, sans moyens de vivre. Ils subissent les exactions de groupes violents, ils sont les proies des trafiquants de drogue ou de passeurs et de la répression menée par l’appareil d’État du Bangladesh.

L’arrivée de ces centaines de milliers de réfugiés a bouleversé la situation économique d’un pays déjà pauvre. Elle a été une opportunité pour les patrons qui cherchaient de la main-d’œuvre sous-payée, pour les commerçants qui en ont profité pour augmenter fortement le prix des denrées alimentaires. Cette situation a accru la haine contre ces réfugiés parmi la population laborieuse du Bangladesh, tout en servant d’exutoire au mécontentement.

L’ONU vient de demander que les réfugies ne soient pas emmenés de force, comme si ces derniers n’étaient pas déjà à la merci des autorités du Bangladesh après avoir subi celles de la Birmanie. Le traitement imposé à cette minorité est aussi l’enjeu d’un rapport de force entre la Chine, qui soutient la Birmanie, et les pays occidentaux.

Les Rohingyas sont victimes des politiques nationalistes des États de la région, en quête de boucs émissaires à présenter à leurs populations, et de l’indifférence totale des grandes puissances, préoccupées exclusivement de défendre leurs alliés respectifs.

Inès Rabah