Violences policières, une violence à l’image de la société d’exploitation

02 Décembre 2020

« Stop à la loi Sécurité globale », « Souriez, vous êtes… tabassés », « Vos armes contre nos caméras » : samedi 28 novembre, dans tout le pays, des centaines de milliers de manifestants ont défilé contre les violences policières et l’interdiction de filmer l’action de la police que veut imposer le gouvernement. La colère et l’émotion étaient d’autant plus vives que tout le monde avait à l’esprit les images insupportables du tabassage violent et raciste dont Michel Zecler a été victime.

Ces images montrent comment les policiers se comportent quand ils se croient à l’abri des regards. Sans elles, nous ne saurions rien de cette agression. Pire, la victime serait peut-être sur le banc des accusés, comme cela est arrivé bien des fois. Alors, filmer et témoigner des interventions policières ne relève pas seulement de la liberté d’information et de la presse, c’est aussi une façon élémentaire de se défendre.

À propos du passage à tabac de Michel Zecler, Darmanin a pointé des policiers « qui ont déconné » ! Mais quand trois policiers suivent une personne chez elle, la rouent de coups pendant quinze minutes, appellent du renfort pour l’arrêter puis écrivent de faux procès-verbaux, tout cela pour une histoire de masque non porté, cela s’appelle un déchaînement de violence gratuite et raciste. Et quand on relativise les faits, comme le fait Darmanin, les policiers se sentent tout permis !

Comme Darmanin, une bonne partie des dirigeants politiques ont toujours nié les violences policières. « Ne parlez pas de répression, de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit », disait Macron en mars 2020. En juin dernier, suite à la mort de Georges Floyd aux États-Unis, Le Pen déclarait que « Non, il n’y pas de problème de violences policières », et elle continue de le faire !

Couvrir les exactions et les laisser impunies, répéter leur confiance dans l’institution policière, tous les gouvernements le font, gauche et droite confondues. De Sarkozy à Valls, d’Hortefeux à Castaner, tous les ministres de l’Intérieur ont posé au premier flic de France. Aujourd’hui encore, ils veulent faire croire qu’il ne s’agirait que de quelques brebis galeuses. Mais, vu le nombre d’exactions, il faut plutôt parler d’un troupeau contaminé. Autant dire qu’il ne faut pas compter sur le pouvoir pour dénoncer ou combattre les violences policières.

Les gouvernements ont trop besoin de la police pour prendre le risque de la critiquer et de l’affaiblir : elle est leur dernier recours pour imposer leur politique antiouvrière et faire accepter un ordre social injuste et inégalitaire.

Qu’une partie de la police et de sa hiérarchie soit d’extrême droite, ait des préjugés racistes et antipauvres, ce n’est ni une découverte ni un problème pour les dirigeants. Quand on a besoin de femmes et d’hommes prêts à imposer l’ordre dans les quartiers populaires et immigrés, y compris de la façon la plus violente qui soit, c’est même un atout.

Croire qu’il suffirait de limoger Lallement, le préfet de police de Paris, ou Darmanin, de réformer l’IGPN, la Police des polices, ou de mieux former les policiers pour avoir une police antiraciste capable d’amener la paix, c’est une illusion. Cette police-là n’existera jamais, car sa raison d’être est d’imposer que les exploités, les pauvres, les oubliés restent à leur place.

La police fait œuvre utile quand elle se porte au secours de la veuve et de l’orphelin, mais son rôle fondamental est répressif. Il est d’imposer une légalité où la prospérité d’une minorité capitaliste est fondée sur l’injustice, les sacrifices et les souffrances de l’écrasante majorité. Sans ce pilier autoritaire et répressif, l’ordre capitaliste ne tiendrait pas debout. Et c’est encore plus vrai avec la crise économique qui fait exploser le chômage et la pauvreté et aggrave le pourrissement de la société.

Depuis déjà plusieurs années, le pouvoir entasse les lois sécuritaires au prétexte de lutter contre la délinquance, les trafics et le terrorisme, mais aussi pour réprimer les contestations sociales comme celle des gilets jaunes.

Dans cette période de crise où le gouvernement et les capitalistes imposent de nouveaux sacrifices aux travailleurs et préparent le recul inédit de nos droits, ils s’attendent aussi à des réactions sociales. Et ils se préparent à les museler et les mater, y compris de façon violente. Alors oui, le cours réactionnaire et autoritaire va s’accélérer et, avec lui, le sentiment de toute-puissance des policiers. Ceux qui se mobilisent et ne veulent pas de cette évolution doivent comprendre le lien qu’il y a entre ces violences et la société d’exploitation. On ne se débarrassera pas du racisme et des violences policières sans remettre en cause le fondement capitaliste de l’ordre social.

Bulletins d’entreprise du 30 novembre 2020