Mélenchon : offre de services à la bourgeoisie

02 Décembre 2020

Jean-Luc Mélenchon a réservé au quotidien l’Opinion, qui affiche fièrement les valeurs de la droite libérale, la primeur de ses opinions sur la défense nationale.

En deux pages, le candidat à la présidentielle y expose la nécessité de conserver au pays une armée bien équipée, y compris du feu atomique, et donc des industries militaires de pointe.

Pour faire bonne mesure, Mélenchon plaide pour le retour du service militaire obligatoire et pour l’utilisation d’une armée de conscription dans les tâches de maintien de l’ordre. Enfin Mélenchon disserte sur sa conception de la défense des intérêts nationaux dans divers conflits, des alliances à conclure ou à dénouer, en un mot de la place de la France dans le vaste monde.

Tout cela est en effet du ressort d’un président de la République, et il est bien naturel qu’un candidat au poste se prononce sur ces sujets. La similitude des discours de ceux qui ont occupé le poste et de ceux qui y prétendent est d’ailleurs frappante. Tous ont défendu l’armée, les marchands de canons, la bombe, l’Empire ou ce qu’il en reste, souvent au prix d’interventions militaires. Tous, c’est leur fonction et c’est pour cela qu’ils sont sélectionnés et hissés sur le pavois, ont assuré, défendu la continuité de l’État et il n’y a pour eux pas de qualificatif plus flatteur que celui « d’homme d’État ».

Mélenchon en rêve, visiblement, et compte sur l’électorat populaire pour qu’il l’aide à y parvenir. Mais comment un homme d’État, de cet État-là, pourrait-il servir les intérêts des travailleurs, particulièrement dans cette période de crise économique ? Ce qu’il appelle la grandeur de la France, et dont il se gargarise, ne se mesure pas à la longueur des discours pompiers et républicains, mais aux affaires conclues par ses industriels et ses banquiers et à leur mainmise sur des régions du globe, à la puissance de ses marchands de canons et de ses financiers, de ses Bouygues, Bolloré, Arnault, Michelin, Mulliez, Dassault, etc. La continuité de l’État, c’est la continuité du pouvoir de cette classe bourgeoise, l’accumulation de sa fortune, la permanence de la caste des hauts fonctionnaires et des dirigeants d’entreprise sautant d’un fauteuil à l’autre.

Servir l’État, c’est servir cette classe et son instrument forgé par l’histoire, les luttes de classes et les guerres, qui ne saurait avoir d’autre fonction. Aujourd’hui, c’est accepter aussi la régression sociale que cet État organise. Une pléiade de concurrents, dont Mélenchon, se présentent pour le rôle. Quelle raison la classe ouvrière aurait-elle de donner une once de sa confiance à l’un d’entre eux ?

Paul GALOIS