Friedrich Engels (1820-1895), révolutionnaire communiste

02 Décembre 2020

Le 28 novembre 1820, naissait Friedrich Engels, qui allait être le compagnon de lutte et l’ami de Karl Marx.

Engels naît à Barmen, en Rhénanie. Son père est un fabricant textile prospère, dans la vallée de la Wupper.

Dans les Lettres de la vallée de la Wupper (1839), Engels, révolté, dénonce la « terrible misère parmi les classes inférieures, en particulier parmi les ouvriers des fabriques : rien qu’à Elberfeld, 1 200 enfants d’âge scolaire sur 2 500 sont soustraits à l’enseignement et grandissent dans les fabriques », payés moitié moins que les adultes. À Brême puis à Berlin, Engels se frotte aux idées nouvelles et radicales de son époque. Inquiet de l’évolution du jeune homme, son père l’envoie travailler en Angleterre, dans une fabrique textile de Manchester dont il est un associé.

Les deux années d’Engels à Manchester (1842-1844) transforment sa vision du monde, mais ce n’est pas dans la direction souhaitée par son père. La ville d’industrie cotonnière aux 500 cheminées d’usine et aux 100 000 ouvriers est le berceau de la révolution industrielle. Des fortunes colossales s’y bâtissent, et le prolétariat moderne s’y forge une conscience. Dans l’ouvrage qu’il consacre à La Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845), Engels explique ce qu’est cette révolution industrielle, qui va gagner le continent européen après la Grande-Bretagne. L’ouvrage détaille les conditions de travail des différents secteurs de la classe ouvrière : journées de 12 ou 14 heures, accidents et empoisonnements au travail, conditions de vie insalubres dans des taudis et dans des caves, etc. Dans un réquisitoire féroce contre le capitalisme industriel en développement à Manchester, Engels appelle de ses vœux une révolution sociale qui mettra à bas ce système qui « ôte à des milliers d’êtres les moyens d’existence indispensables ».

En 1844, à Paris, sur le chemin du retour vers la Rhénanie, Engels noue avec Karl Marx (1818-1883) l’amitié d’une vie. Les deux hommes partagent les mêmes idées et engagent une collaboration qui ne cessera pas. Communistes, ils ne se satisfont pas des projets de communautés avancés par le Britannique Robert Owen et le Français Charles Fourier. Pour eux, le moteur de l’évolution historique, ce sont les luttes de classes. Or « les prolétaires n’ont à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. » C’est donc en direction de cette classe qu’ils orientent leurs efforts.

À Londres en 1847, Marx et Engels convainquent les ouvriers allemands émigrés de la Ligue des justes de la rebaptiser Ligue des communistes, et de changer leur devise de « Tous les hommes sont frères » en « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Au tournant de l’année 1848, ils écrivent pour cette organisation un programme, le Manifeste du parti communiste, qui précise leurs idées sur l’histoire des sociétés, le présent capitaliste et l’avenir dont le prolétariat est porteur.

Pendant les révolutions européennes de 1848, les deux hommes dirigent la Nouvelle gazette rhénane, un quotidien radical de Cologne qui sera interdit en juin 1849. La bourgeoisie libérale, effrayée par l’ardeur du prolétariat, se rallie à l’aristocratie et aux autorités qu’elle combattait la veille ; les deux classes possédantes se tournent contre le petit peuple insurgé. En 1849, Engels participe aux combats révolutionnaires dans le pays de Bade et le Palatinat, puis à ceux de la vallée de la Wupper. Quand le soulèvement est vaincu par les troupes prussiennes, il se réfugie en Suisse puis en Grande-Bretagne, où il débarque le 10 novembre 1849.

Engels rejoint bientôt Manchester, où il va travailler, pendant vingt ans, dans la gestion d’Ermen & Engels, la firme textile à laquelle son père est associé. Pendant ces deux décennies, Engels aide financièrement les Marx. Ceux-ci, réfugiés à Londres, traversent des années difficiles. Engels est convaincu que le travail de Marx, qui rédige alors une critique de l’économie politique bourgeoise, Le Capital (dont le premier livre parut en 1867), est irremplaçable. Il ne se contente pas de lui envoyer de l’argent, il lui fournit de la documentation et rédige, pour le libérer, nombre des articles que Marx adresse chaque semaine au New-York Daily Tribune (de 1851 à 1862). Ces textes critiquent la politique des pays européens, la répression britannique de la révolte indienne de 1857, ou l’intervention des puissances européennes en Chine.

Engels, pas plus que Marx, ne sépare le travail théorique de l’action. Au début des années 1860, après une longue décennie de reculs dus aux défaites de 1848-1849, le mouvement ouvrier progresse de nouveau, avec une multiplication des grèves, des syndicats et des sociétés ouvrières. Une Association internationale des travailleurs (AIT), regroupant des militants et des organisations de différents pays, est formée à Londres en 1864. Marx s’y engage et y assure un rôle dirigeant. Quand, en 1870, Engels quitte enfin ce qu’il appelle son « travail de chien », il déménage à Londres et participe pleinement à l’AIT. Avec Marx, Engels suit les développements du Parti social-démocrate allemand, en plein essor à partir de 1875. Il s’intéresse de près au mouvement ouvrier britannique, marqué par le réformisme, mais aussi par un courant révolutionnaire minoritaire dont la fille de Marx, Eleanor, (1855-1898), est une des représentantes.

Dans l’Anti-Dühring (1878), Engels se livre à une critique sans concessions des positions réformistes du philosophe allemand Eugen Dühring. Trois chapitres issus de cet ouvrage sont publiés en 1880 sous le titre Socialisme utopique et socialisme scientifique, dans lequel il situe l’apport spécifique de Marx aux idées socialistes. Dans L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1884), Engels analyse, sur la base des connaissances scientifiques contemporaines, l’évolution des structures familiales et l’émergence de l’État dans l’histoire des sociétés. D’une grande curiosité, il applique la méthode du matérialisme dialectique à l’étude de la nature dans Dialectique de la Nature (1883), resté inachevé.

Marx meurt en 1883. Engels est son exécuteur testamentaire. Il publie les livres 2 (1885) et 3 (1894) du Capital et assure la réédition de plusieurs ouvrages de Marx. Engels assume désormais seul ce qui fut longtemps leur travail commun : aider, conseiller, orienter le mouvement ouvrier international. Tous les militants, de la Russie à l’Amérique, du Portugal au Danemark, qui écrivent à Engels obtiennent une réponse. Ceux qui frappent à sa porte sont accueillis. Engels est ainsi le chaînon vivant qui relie les premières années du mouvement ouvrier communiste et la génération qui bâtit la IIe Internationale.

Engels meurt en août 1895. Fidèle à son athéisme, il a demandé à être incinéré, et ses cendres sont dispersées dans la Manche. Quant aux idées qu’il a défendues pendant 50 années, dont 40 avec Marx, loin de mourir, elles continueront de se diffuser dans le mouvement ouvrier international.

Michel BONDELET