Évasion fiscale : les capitaux ne sont pas confinés

25 Novembre 2020

Dans un rapport récent, l’ONG Tax Justice Network estime que 427 milliards de dollars sont soustraits aux impôts dans le monde grâce à l’évasion fiscale. 245 milliards proviendraient de multinationales et 182 milliards de richissimes particuliers.

L’ONG ajoute que les multinationales déplacent l’équivalent de 1 380 milliards de dollars de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux, tandis que les particuliers y placent au total plus de 10 000 milliards d’actifs financiers.

Ces chiffres sont en fait très certainement sous-estimés, car une grande partie de cette évasion fiscale, qu’elle soit légale ou pas, est protégée par le secret des affaires et il est donc impossible d’en mesurer la véritable étendue. Si les États aimeraient bien récupérer une partie de l’impôt qui leur échappe, il n’est pas question pour eux de remettre en cause la liberté des capitalistes de courir le monde à la recherche du profit maximum et donc aussi… de l’impôt minimum.

D’ailleurs, d’après cette même ONG, les principaux paradis fiscaux sont situés au cœur des pays riches et sont donc soutenus, ou tout au moins autorisés, par les États les plus puissants d’Europe et les États-Unis. Le premier bénéficiaire de l’évasion fiscale est ainsi les Iles Caïman (16,5 %), en fait territoire d’outre-mer du Royaume-Uni ; puis on trouve le Royaume-Uni (10 %), les Pays-Bas (8,5 %), le Luxembourg (6,5 %) et les États-Unis (5,5 %).

Demander aux gouvernements de lutter contre l’évasion fiscale, c’est demander au loup de protéger la bergerie. Lorsque ces États prennent des mesures un peu contraignantes, les grandes entreprises et leurs propriétaires qui disposent d’une armada de juristes trouvent les moyens, légaux ou pas, de les contourner.

Si la société reste prisonnière du capitalisme, le droit des capitaux à l’évasion reste garanti.

Arnaud LOUVET