Covid : contre le virus, il faut embaucher

25 Novembre 2020

L’épidémie de Covid-19 serait en train de reculer, aussi bien d’après les chiffres officiels que d’après les témoignages du personnel hospitalier. Mais ce recul est difficile à expliquer.

Le gouvernement prétend qu’il faut y voir l’effet des mesures de couvre-feu et de confinement. Certains scientifiques évoquent également un effet des vacances scolaires de la Toussaint, de l’amélioration du climat, un meilleur respect des gestes barrières ou encore un niveau d’immunité collective suffisant. Cette incertitude sur les causes des variations de l’épidémie doit rendre prudent sur son devenir à court terme. En tout cas, la mortalité dans les Ehpad reste à un niveau élevé et des clusters continuent à se développer, aussi bien dans les usines qu’en milieu scolaire.

Au niveau international, la deuxième vague se répand dans une grande partie de l’hémisphère Nord, alors que l’hiver ne fait que commencer. Et si les médias donnent une grande place à la mise au point de vaccins, il faudra au mieux des mois avant que ceux-ci soient disponibles pour le plus grand nombre.

Le risque existe donc que l’épidémie connaisse une nouvelle vague. Certains pays réussissent pourtant à la contenir, grâce en particulier à un repérage et un isolement efficaces des cas positifs et des malades. Ce traçage fonctionne en particulier en Chine, en Corée du Sud, dans d’autres pays asiatiques et, dans une moindre mesure, en Allemagne. Il s’appuie sur des tests rapides et sur des équipes qui interrogent les patients, cherchent leurs cas contacts et organisent leur isolement.

Cependant Macron a affirmé qu’on ne pourrait reprendre un traçage efficace qu’en dessous de 5 000 contaminations par jour et il a fixé ce chiffre comme un objectif à atteindre avant tout déconfinement. Le président du Conseil scientifique a déclaré qu’il pensait qu’il ne serait pas possible d’y arriver avant janvier.

Mais tout cela ne rime pas à grand-chose si le traçage ne s’améliore pas. Il a échoué complètement en France durant l’été, à cause des délais pour se faire tester. Le traçage a été confié aux Agences régionales de santé avec du personnel principalement issu de la Sécurité sociale. Insuffisant dès le départ, il a été complètement débordé en septembre, alors que les chiffres de contamination quotidienne étaient inférieurs aux 5 000 brandis par Macron.

Le recours aux tests dits antigéniques pourrait apporter une amélioration, mais ils ne sont toujours pas en place dans les écoles. Jeudi 19 novembre, le ministère de la Santé a promis que les travailleurs des Ehpad seraient testés toutes les semaines mais, là encore, on ne voit pas qui pourrait réaliser ces tests vu le manque de personnel dans ce secteur.

Hôpitaux, Ehpad, ARS, partout le personnel manque pour faire face correctement à l’épidémie. Le gouvernement n’est pas avare de prévisions hasardeuses, de phrases creuses et de cadeaux au patronat. Quand il embauche, c’est toujours de façon temporaire et avec une formation insuffisante. Face à l’épidémie qui va durer, ce sont de nombreux travailleurs permanents, bien formés et correctement payés qu’il serait indispensable d’embaucher. Visiblement, le gouvernement n’a aucune intention de s’engager dans cette voie.

Jean POLLUS