Surenchères de la droite : des mots lourds de danger

18 Novembre 2020

Mardi 17 novembre Les Républicains (LR), le parti héritier de Chirac et Sarkozy, a tenté d’intéresser les médias par une conférence autour de « l’autorité de l’État et la cohésion nationale ».

Son président en avait révélé la teneur la veille, dans une tribune adressée au Figaro où il reprend les thèmes xénophobes.

Pour le président de LR, l’immigration, forcément qualifiée d’incontrôlée, serait la cause de l’insécurité, de la délinquance et du terrorisme islamiste. Sa réponse consiste en la construction de prisons, le renforcement des moyens de la police, l’arrêt de l’immigration et des régularisations, des obstacles nouveaux aux naturalisations. Pour faire bonne mesure, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, la droite demande un changement de Constitution restreignant les libertés civiles et les droits individuels.

Ces propositions vien­nent s’ajouter aux dizaines d’autres du même acabit pondues depuis des années par les partis de gouvernement, y compris les partis classés à gauche. Loin de traiter des problèmes réels de la population, celles de LR sont une réponse aux déclarations faites par ses concurrents directs sur le terrain électoral. Dans cette surenchère, le dernier coup de Macron est sa proposition de loi « contre le séparatisme », celui de Le Pen l’exigence d’une « législation de guerre » contre le terrorisme islamiste et, sous-entendu, contre les musulmans en général.

Soucieux de placer leur camelote et de se distinguer les uns des autres, ces partis sont lancés dans une course à qui sera le plus anti-immigrés, à qui proposera les mesures les plus rétrogrades, jusqu’à évoquer la réouverture des bagnes ! Mais aucune de celles prises dans le passé ou envisagées pour l’avenir ne peut agir sur la délinquance et l’insécurité qui pourrissent la vie des quartiers populaires. Aucune n’est à même d’arrêter des assassins comme ceux qui ont sévi récemment. Elles rendent en revanche la vie encore plus difficile à ceux qui viennent chercher en France la possibilité de vivre en paix, de travailler et d’offrir un avenir à leurs enfants. Mises en pratique, elles couvriraient, et donc favoriseraient, les pratiques racistes de la police, décupleraient les injustices quotidiennes subies par les habitants des quartiers populaires. Et, surtout, sans même avoir besoin d’être appliquées, elles contribuent à fabriquer une coupure entre les musulmans, ou supposés tels, et les autres.

De plus, ces mesures et cette propagande incessante ont leur logique, particulièrement maintenant que la société s’enfonce rapidement dans la crise, que les classes populaires se savent menacés par la pauvreté. Bien des responsables politiques emploient certes, aujourd’hui encore, les grands mots de république, laïcité, droits des femmes, etc. lorsqu’ils proposent de s’en prendre aux musulmans. Mais le fond de l’affaire est beaucoup plus malpropre : alors que la crise du capitalisme conduit la population travailleuse à la misère, toutes religions – ou absence de religion – confondues, les propagandistes anti-immigrés proposent, à mots encore couverts, de réserver les emplois, les logements, les allocations, la Sécurité sociale, la possibilité de vivre en fait, aux seuls non-musulmans. Pour l’instant, il ne s’agit que d’attirer des voix, mais il n’y a qu’un pas à faire pour que certains en fassent un programme concret, avant encore un autre pas pour que l’État exécute ce mandat d’apartheid à la française, pensant ainsi garantir paix sociale et tranquillité aux classes dominantes.

Paul GALOIS