Printemps : un emploi, ce n’est pas du luxe

18 Novembre 2020

Mardi 10 novembre, les salariés ont appris sur leur lieu de travail la décision des actionnaires du groupe de luxe de fermer quatre grands magasins Printemps sur dix-neuf et trois Citadium sur huit, et la suppression de 428 emplois dans les sept magasins, au Printemps Haussmann et au siège social à Paris.

En réalité, beaucoup plus d’emplois sont menacés. Dans chaque magasin, on trouve de nombreux stands de marques, et leurs salariés, bien que travaillant pour certains depuis des années au Printemps, ne sont pas comptabilisés dans les effectifs du groupe. Au Havre, le magasin, situé en plein centre-ville, comprend 29 salariés Printemps, mais au total, avec ceux des marques, il regroupe une cinquantaine de personnes. Ainsi, sur quatre magasins Printemps, au lieu de 193 suppressions de postes annoncées, plus de 400 sont réellement menacés. Selon la CGT, ce seront en réalité plus de 600 emplois supprimés.

Cela pourrait encore s’alourdir. Deux autres Printemps, à Cagnes-sur-Mer et à Rouen, sont également sur la sellette. Et, à l’échelle du groupe, un plan de performance collective (PPC) est en vue, qui prévoit le licenciement de tout salarié qui refuserait la modification de son contrat de travail proposée par le patron.

Le Printemps, comme les Galeries Lafayette, est une de ces chaînes de magasins qui ont fait la fortune de familles capitalistes caracolant dans le peloton de tête des plus grosses fortunes du pays. Les mêmes font aujourd’hui, par voie de presse, des déclarations sur la crise du Covid qui, après celle des gilets jaunes, assécherait les trésoreries des entreprises. Cela ne peut faire oublier la situation himalayenne de leurs fortunes personnelles, amplifiées année après année en exploitant le travail de milliers de salariés.

Ainsi les magasins Printemps ont été de 1991 à 2005 la propriété de la famille Pinault, actuellement cinquième fortune du pays, estimée à 32 milliards d’euros et en augmentation de près de 25 % en un an ! Le Printemps est aujourd’hui la propriété d’un fonds d’investissement basé au Luxembourg dont l’émir du Qatar est l’un des principaux associés.

C’est dire que l’argent coule à flots dans les coffre-forts de ces grands groupes capitalistes. Et c’est bien là qu’il faudra pomper pour assurer à chaque travailleur le salaire et l’emploi auxquels il a droit.

Philippe Logier