Petits commerçants : l’argent public, un sauvetage illusoire

18 Novembre 2020

Jeudi 12 novembre, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a renouvelé les engagements à destination des petits commerçants. Mais, sous prétexte d’aider les petits, les gros vont, comme toujours, se tailler la part du lion.

Les défaillances financières et les faillites menacent d’être nombreuses et le gouvernement ne pourra pas continuer de se payer de mots bien longtemps, même si une réouverture semble se dessiner pour le 27 novembre ou le 1er décembre.

Le gouvernement incite entre autres les bailleurs à faire l’impasse sur les loyers de novembre, en leur assurant un crédit d’impôt compensateur. Le mécanisme a été élargi aux loyers d’entreprises comptant jusqu’à 5 000 salariés. On est loin de la petite boutique du coin de la rue. Ce sont les centres commerciaux qui sont visés et finalement, sous prétexte d’aide aux petits commerçants, des baisses d’impôts seront ainsi garanties à des géants de l’immobilier commercial, qui pourront éponger une partie des impayés.

En France, 811 centres commerciaux sont recensés. Ils concentrent 36 000 commerces et 450 000 personnes y travaillent. Du côté des géants de la distribution, on trouve les sociétés foncières Carmila pour Carrefour ou Ceetrus pour Auchan, qui possèdent les galeries commerciales. Mais les géants du secteur sont Unibail-Rodamco, qui possède entre autres le Forum des Halles à Paris, le Carrousel du Louvre, ou bien Klépierre, assis sur un trésor immobilier estimé à 23 milliards d’euros en 2017, propriétaire de Val d’Europe ou de Créteil Soleil. BNP-Paribas, AXA, ou encore BlackRock en sont actionnaires, avec d’autres pointures de la finance moins connues.

Les petits commerçants ont certes parfois pour bailleur un particulier qui n’est lui-même pas millionnaire. Mais combien d’entre eux occupent des locaux propriétés de capitalistes qui ne se laisseront pas attendrir quand l’aide publique se dérobera pour les plus fragiles ? Ces machines financières agissent à côté des banques, qui distribuent avec parcimonie les crédits, ou bien les refusent, alors qu’elles sont arrosées en permanence d’argent public. Le traitement infligé aux petits commerçants par les compagnies d’assurances est lui aussi significatif : alors que les contrats sont en renouvellement, celles-ci refusent de prendre en compte les pertes liées au Covid-19 ou résilient des contrats avec des commerçants réticents face aux mesures prises pour écarter le risque pandémique.

Beaucoup de petits commerçants vont être étranglés, quand ils ne le sont pas déjà. Ce n’est pas le Covid-19 qui scelle leur perte, mais les mécanismes impitoyables de la société capitaliste.

Boris SAVIN