Migrants morts en mer : une tragédie sans fin

18 Novembre 2020

Près d’une centaine de migrants sont morts noyés le 12 novembre en Méditerranée, au cours de deux naufrages successifs d’embarcations, au large des côtes libyennes.

Des bateaux de pêcheurs et de gardes-côtes dans le premier cas, des équipes de Médecins sans frontières dans le second sont seulement parvenus à en sauver une cinquantaine d’autres.

Fin octobre déjà, au moins 140 personnes étaient mortes noyées dans l’Atlantique après avoir quitté la côte sénégalaise dans l’espoir d’arriver aux Canaries : de jeunes pêcheurs à présent sans ressources tentent ainsi de fuir la misère dans les « pirogues de la mort ».

Ces chiffres s’additionnent à d’autres, mais ce ne sont pas des statistiques : ce sont des milliers de femmes, hommes, enfants qui perdent la vie chaque année en tentant de traverser la Méditerranée pour essayer de se trouver un avenir vivable, loin des guerres, de la persécution, de la pauvreté. Dans la situation de plus en plus dramatique de leurs pays, le départ vers les pays d’Europe apparaît comme la seule issue, quitte à se saigner pour payer leur traversée et à y risquer à nouveau mille morts.

Cette fois encore, un seul navire a été en mesure de leur porter secours, l’Open Arms (Bras ouverts) affrété par une ONG espagnole, le seul croisant actuellement en Méditerranée centrale. « Nous les transférons sur un bateau où ils seront confinés, a tweeté l’ONG après avoir transféré, le 14 novembre, 255 rescapés sur deux navires italiens. Enfin, leur odyssée en mer prend fin et ils laissent la Libye derrière eux. Nous espérons que l’Europe les traitera mieux. »

Qu’on en juge : Frontex, l’agence européenne pour la protection des frontières, terme tristement transparent, est mise en cause pour avoir repoussé à six reprises des migrants en mer Égée, entre la Turquie et la Grèce ; des militants humanitaires sont poursuivis par la justice ; six bateaux d’ONG sont actuellement maintenus à quai en Italie, empêchés par les autorités de reprendre leurs opérations de sauvetage. « La responsabilité de ces morts, comme le constate Médecins sans frontières, incombe directement aux États membres de l’Union européenne, c’est le résultat concret et inévitable de leurs politiques meurtrières de non-assistance et de blocage actif des navires de sauvetage d’ONG. »

Le verrouillage des frontières, la politique mise en avant par les gouvernements de l’Union européenne capitaliste, dont le point culminant est l’accord de rétention monnayé avec le gouvernement turc en 2016, qui rend les chemins de l’émigration de plus en plus dangereux pour les réfugiés, montrent qu’elle ne les accueillera que contrainte et forcée, après avoir tout fait pour les repousser, en mettant leur vie en péril.

Viviane LAFONT