Covid-19 : la course aux vaccins s’emballe

18 Novembre 2020

Le 9 novembre, l’américain Pfizer annonçait avoir mis au point un vaccin contre le Covid efficace à 90 %. Le lendemain, un institut de recherche russe avançait 92 % pour le sien. Le 16 novembre, c’était au tour de la société de biotechnologies américaine Moderna de faire monter les enchères en annonçant 94,5 %. La limite sera bientôt atteinte…

Pour l’essai Moderna, où 30 000 personnes ont été réparties en deux groupes recevant soit le candidat vaccin soit un placebo, ce chiffre signifie : « Deux semaines après l’administration de la deuxième dose du vaccin, il a été trouvé 90 cas de Covid-19 dans le groupe placebo, et cinq cas de Covid dans le groupe vaccin. Soit une efficacité du vaccin de 94,5 %. »

Ces chiffres sont avant tout de la communication, de la publicité à l’intention des marchés. Pour quelques-uns, c’est déjà une réalité bien palpable, comme le pactole empoché par le PDG du laboratoire Pfizer qui a vendu 5,6 millions de dollars d’actions de son groupe le jour de l’annonce de l’efficacité de son vaccin, lorsque l’action s’est envolée de plus de 7 %. En témoigne aussi le cas de Moderna, une start-up américaine de biotechnologies créée il y a moins de dix ans, qui vaut aujourd’hui près de 40 milliards de dollars en Bourse, certes après avoir reçu plusieurs milliards de fonds de l’État américain et de géants de la pharmacie, attirés par l’odeur des profits dégagés par de futurs médicaments, et dont le directeur a été transformé du jour au lendemain en milliardaire.

En plus des trois candidats vaccins déjà annoncés, huit autres en sont eux aussi à cette étape des essais cliniques de phase 3 où les produits sont testés, chacun, sur des dizaines de milliers de personnes afin de mesurer leur efficacité et aussi leur sécurité. Aucun candidat, pas même les trois cités, n’en a terminé avec ces études cliniques qui, seules, permettront d’autoriser la mise sur le marché de ceux qui auront satisfait à ces tests. Il reste encore des étapes et du temps avant de pouvoir vacciner les populations.

Mais déjà des contrats de production sont passés avec des façonniers, des usines se préparent à la fabrication, des contrats de fourniture et de distribution sont passés avec des gouvernements, avec des États. Certains vaccins ne seront peut-être jamais fabriqués, faute d’efficacité ou de sécurité. Qu’importe. Dans cette ruée vers l’or où les profits escomptés se chiffrent en centaines de milliards de dollars, les grands groupes industriels, les Pfizer, GSK, Sanofi, AstraZeneca et autres, se sont déchargés des risques, ont obtenu que les États les garantissent, leur payent par avance des centaines de millions de doses.

En immunisant une grande partie de la population mondiale, un vaccin ou plutôt des vaccins efficaces permettraient d’endiguer le virus et apporteraient une victoire sur la pandémie. Par définition, celle-ci est mondiale. Pour la combattre, il faudrait une organisation à la même mesure, planétaire elle aussi, tant pour la recherche que pour la production et la distribution des vaccins. Au lieu de cela, toutes les étapes qui pourraient conduire aux vaccins sont organisées pour le seul intérêt des actionnaires des géants de l’industrie pharmaceutique. C’est absurde, inefficace et dangereux .

Le pire est que cette situation conduit aujourd’hui la moitié de la population en France à affirmer qu’elle ne se fera pas vacciner contre le Covid-19. À cause des scandales sanitaires qui se sont succédé, du sang contaminé à la Dépakine en passant par le Mediator et les vaches qu’on a rendues folles, la vaccination est remise en cause par beaucoup. À cause d’une organisation sociale entièrement dirigée par le profit, la moitié de la population se méfie de la vaccination, qui est pourtant un des progrès essentiels à la vie, au point de vouloir renoncer à cet acte indispensable à la vie collective. Il faut vraiment un vaccin contre le virus du profit capitaliste qui infecte la société.

Sophie GARGAN