Brésil : le retour de la droite traditionnelle

18 Novembre 2020

Dimanche 15 novembre, c’était les élections municipales dans les 5 568 communes brésiliennes. Seules les 95 villes de plus de 200 000 habitants peuvent avoir un second tour, le 29 novembre, pour élire leur maire à la majorité absolue.

Les conseillers municipaux sont élus indépendamment du maire, et à la proportionnelle.

Les municipales interviennent tous les quatre ans, deux ans après les élections générales qui désignent président, gouverneurs d’État, sénateurs, députés fédéraux et locaux. Elles sont généralement un test pour le président et son parti. Mais il n’y a rien de tel cette année pour Bolsonaro. Il n’est plus affilié à aucun parti et aucun ne se réclame de lui.

Les quelques candidats soutenus par Bolsonaro n’ont guère eu de succès : l’évangéliste Crivella, maire sortant de Rio, est en ballotage défavorable ; à São Paulo le député Russomano, évangéliste lui aussi, n’a pas recueilli plus de 10 % des votes. Mais ce n’est pas un échec personnel pour Bolsonaro. Il jouit au contraire d’une importante popularité dans la bourgeoisie grande et petite grâce à sa négation de la pandémie, qui a déjà fait 166 000 morts dans le pays, et à sa lutte constante contre toute mesure de distanciation et de confinement imposée par les maires ou les gouverneurs.

Le Parti des travailleurs (PT) poursuit son recul de 2016, quand il avait perdu la présidence et le gouvernement et que Lula était mis en accusation pour corruption. On note, dans le camp de la gauche, deux candidats en ballotage : à Porto Alegre Manuela d’Avila, communiste incolore et ex-candidate à la vice-présidence en 2018 avec Haddad du PT ; à São Paulo Guilherme Boulos, du Parti socialisme et liberté, toutefois loin derrière le maire de droite sortant. Les électeurs de gauche se rabattent sur des partis marginaux, moins déconsidérés que le PT.

Les gagnants du scrutin sont les partis de droite et du centre, une sorte de Marais qui est de toutes les combinaisons ministérielles, de toutes les corruptions, et qui est toujours prêt à voter des mesures antiouvrières. Ils ont longtemps soutenu le PT puis l’ont fait chuter, en 2018, ils ont fait voter Bolsonaro. Ils prennent maintenant quelques distances avec lui : avec l’épidémie du Covid et la crise économique mondiale l’avenir est incertain, et ils veulent éviter de se retrouver dans le camp des perdants.

Attaquée à la fois par l’épidémie et par le patronat, en partie démoralisée par la chute du PT, la classe ouvrière fait le dos rond. Le gouvernement a autorisé jusqu’à la fin de l’année les entreprises à réduire durée de travail et salaire, à anticiper les congés, à suspendre les mesures de sécurité et de santé au travail, et même à suspendre le contrat de travail. Les patrons ont donc les mains libres et en profitent largement. Mais les réactions de la classe ouvrière peuvent être aussi soudaines qu’imprévisibles.

Vincent GELAS