Pauvreté : financement du RSA aux calendes grecques ?

11 Novembre 2020

L’aggravation brutale de la crise économique se traduit par un appauvrissement rapide des classes populaires.

Après avoir épuisé leurs droits aux allocations chômage, de nombreuses familles ouvrières en sont réduites à survivre avec le RSA. Fin 2019, 1,9 million de personnes le percevaient. Elles devraient être au moins 160 000 de plus cette année.

En Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, 5 000 nouveaux allocataires sont apparus depuis mars. Aux anciens ne retrouvant aucun travail après la fermeture de leur entreprise, comme PSA à Aulnay-sous-Bois, aux mères célibataires sans emploi se débattant pour offrir une vie décente à leurs enfants, sont venus s’ajouter des travailleurs de plus en plus jeunes : les milliers qui ont perdu leur travail sur la zone de l’aéroport de Roissy, très ralenti depuis la première vague de l’épidémie, tous ceux qui vivaient de contrats en CDD dans l’hôtellerie ou la restauration, de petits boulots d’autoentrepreneur, de contrats d’intérim à répétition entre deux périodes de chômage.

Les départements se sont vu confier par l’État en 2004 la gestion du RSA, en échange de la promesse de recevoir les crédits nécessaires. Maintenant, les budgets de financement de l’allocation explosent, et surtout ce qui leur reste à charge. En 2019, le département de Seine-Saint-Denis a dû consacrer 207 millions d’euros au RSA sur un budget total de 532 millions d’euros, et ce sera sans doute 30 millions d’euros de plus cette année. L’État s’est peu à peu désengagé, sa part dans les financements passant progressivement de 80 % à 51 % aujourd’hui.

Face aux demandes répétées des élus des départements pris à la gorge, l’État avait jusque-là fait la sourde oreille. Mais, dans une lettre au président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Castex s’est dit prêt à envisager une recentralisation du financement du RSA, à titre d’expérimentation et en raison des difficultés exceptionnelles du département.

Le président socialiste du conseil départemental a considéré cela comme une première victoire. Mais Castex ne s’est engagé sur aucun montant précis ni même sur une date de début d’application. Et puis derrière cette promesse de renationalisation du RSA peuvent se cacher des intentions moins louables. Chacun se souvient de la sortie antipauvres de Macron parlant du « pognon de dingue » consacré à l’aide sociale. Ce n’était pas seulement de la démagogie en direction de l’électorat réactionnaire, mais l’affirmation d’une volonté de réduire encore le peu que l’État donne aux classes populaires pour réparer les dégâts de la politique patronale. Il serait étonnant que cette préoccupation ait complètement disparu du cerveau des gouvernants.

Gilles BOTI