Espace : de l’exploit à la pollution satellisée

11 Novembre 2020

La sonde spatiale américaine Osiris-Rex vient de recueillir des échantillons d’un astéroïde du système solaire. Sans toucher le sol de Bénou, situé à quelques centaines de millions de kilomètres de la Terre, la sonde a déployé un bras robotisé pour aspirer 60 grammes de matière.

Quelques mois plus tôt, la sonde japonaise Hayabusa 2 avait prélevé 100 mg sur un autre astéroïde, qui devraient arriver sur Terre en décembre. Le retour des échantillons d’Osiris est, lui, prévu pour 2023. L’analyse fine de cette matière devrait permettre de connaître la composition chimique de la nébuleuse, la grande soupe de matière qui a donné naissance au système solaire avec ses planètes, il y a 4,57 milliards d’années. Les scientifiques en attendent notamment des précisions sur les conditions dans lesquelles la vie a émergé sur Terre. Ils espèrent une confirmation de la présence sur les astéroïdes d’acides aminés, les briques de base des protéines, et donc de la vie.

Pour réussir une telle mission, des équipes internationales de scientifiques ont collaboré durant des années. Chacune s’est occupée d’une partie de la mission. Chaque séquence a été programmée à l’avance, et donc à distance. Ces aventures collectives montrent les immenses possibilités de l’humanité, quand ses capacités créatrices sont mises au service de l’intérêt général. Elles tranchent avec le fonctionnement ordinaire de la société actuelle, où la concurrence et la recherche de profit à court terme emportent tout.

L’espace n’y échappe pas. Avec les progrès permis au fil du temps par la recherche publique et la miniaturisation des machines, des sociétés privées comme Space X d’Elon Musk ou Amazon de Jeff Bezos se sont lancées à grande échelle dans la mise en orbite de satellites de communication. À tel point que l’espace proche est aujourd’hui encombré par les satellites usagés et par les milliers de satellites privés. Il y a actuellement 2 700 satellites actifs dans l’espace, et autant hors d’usage, mais Amazon a reçu l’autorisation d’en envoyer 3 000 nouveaux, Space X 12 000, et il en prévoit encore 30 000 autres par la suite. L’ISS, la station spatiale internationale, a dû plusieurs fois manœuvrer pour éviter des collisions.

Après avoir transformé la Terre en poubelle, les capitalistes s’attaquent désormais à l’espace. Il est urgent de leur arracher les leviers de commandes, avant de les installer, confortablement, à bord d’un vaisseau sans retour.

Xavier LACHAU