De Gaulle : le grand homme du capitalisme français

11 Novembre 2020

À l’occasion des cinquante ans du décès de De Gaulle le 9 novembre 1970, une pléthore d’hommages, intéressés de la part de Macron, mais aussi de toute une partie de la classe politique, se sont concrétisés par des émissions spéciales, des feuilletons, etc.

C’était donc la semaine de Gaulle, le « grand homme », reconnu comme tel à droite, certes, mais aussi à gauche.

L’histoire de De Gaulle est celle d’un homme qui a cherché de tous côtés, de l’extrême droite à la collaboration avec le Parti communiste, à se placer comme serviteur de cette bourgeoisie française quelque peu décrépite.

Après la guerre de 1914-1918, de Gaulle a poursuivi sa carrière militaire. Il fut envoyé en Pologne en 1919 pour aider le gouvernement à combattre les bolcheviks, c’est-à-dire la révolution prolétarienne de Russie qui menaçait de s’étendre à l’ouest. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, ayant entamé une carrière politique, il se plaça pour tenter de représenter la bourgeoisie française auprès de l’alliance anglo-américaine. Pétain se faisait, lui, le représentant de cette même bourgeoisie française, mais auprès de l’impérialisme allemand, vainqueur de la première manche. C’était l’aigle à deux têtes.

C’est le Parti communiste qui conféra à de Gaulle son image populaire et le crédit dont il avait besoin auprès des Alliés, en collaborant avec lui au travers de la Résistance jusqu’à entrer dans son prégouvernement en 1943. Le ressentiment populaire était ainsi tourné exclusivement contre le régime de Pétain. Il fallait assurer la reconstruction de la France, c’est-à-dire le maintien par la force de l’Empire colonial et la remise sur pied des forces productives au profit des capitalistes français, au prix des sacrifices de la classe ouvrière. La force de De Gaulle consista à savoir utiliser le crédit du PCF pour défendre les intérêts généraux de la bourgeoisie. Ce n’était pas un coup de génie personnel, mais une politique appliquée avec le même succès de l’Italie au Japon en passant par la Belgique, avec l’accord du grand frère américain et les bons offices de Staline.

Mais le rêve de De Gaulle était de réussir à instaurer un régime autoritaire et antiouvrier en France. C’est pourquoi, dès sa sortie du gouvernement d’union nationale, en 1946, il construisit un parti quasi fasciste faisant la chasse aux communistes, le RPF. Après d’éphémères succès électoraux, entre 1947 et 1954, le RPF s’effondra et de Gaulle disparut de la scène.

En 1958, de Gaulle se présentait comme un recours face à une IVe République instable et incapable de donner une solution politique à la guerre d’Algérie. L’armée d’Algérie, insurgée contre le gouvernement le 13 mai 1958, fit acclamer son nom par la foule des Pieds-Noirs. De Gaulle fut alors appelé à constituer un gouvernement et donc, de fait, porté au pouvoir par un putsch militaire.

Après une intensification de la guerre, il allait négocier l’indépendance de l’Algérie en imposant ses conditions. Il profita de ce succès pour instaurer le régime présidentiel fort qui prévaut encore aujourd’hui.

En mai 1968, la grève générale de la classe ouvrière, déclenchée par la jeunesse étudiante, allait précipiter la relégation du grand homme. Il dut partir moins d’un an plus tard, trahi par les politiciens de droite à l’occasion de son dernier référendum. Mais en 1968, encore une fois, de Gaulle avait su, avec son gouvernement, utiliser la coopération des dirigeants de la CGT et du PCF pour imposer la fin de la grève au moindre coût pour la bourgeoisie.

Au cours d’une très longue carrière militaire puis politique, sous divers oripeaux et dans des situations délicates, son autorité servit à garantir la stabilité et la continuité du pouvoir de la bourgeoisie française. Il est logique qu’il soit reconnu aujourd’hui comme un modèle par tous ceux qui font profession de servir les possédants. Pour les travailleurs, il n’aura été qu’un ennemi de classe de plus.

Paul SOREL