Congés payés : des attaques programmées

11 Novembre 2020

Interviewée le 3 novembre sur Europe 1, la ministre du Travail, Borne, a déclaré qu’elle allait ouvrir une « négociation avec les partenaires sociaux concernant les congés payés dans le cadre du chômage partiel ».

Traduire : le gouvernement et le patronat se préparent à démolir un accord signé en 2012, qui permet aux travailleurs de continuer à accumuler deux jours et demi de congés par mois quand ils sont au chômage partiel. Bien sûr, Borne explique que rien n’est tranché, mais elle insiste sur le fait que « l’époque a changé », ce qui éclaire les intentions du gouvernement. Elle a d’ailleurs relayé les propos des petits patrons de la restauration, qui se plaignent qu’avec le reconfinement et la fermeture de leurs entreprises ils ne peuvent plus payer les congés. Les mêmes réclament que l’État, qui paie déjà les salaires, prenne en plus les congés en charge . Ils veulent aussi que les salariés ne puissent pas prendre leurs congés au moment où le travail reprendra. Certains vont même jusqu’à demander la suppression de la 5e semaine de congés cette année.

Comme d’habitude, le gouvernement met en avant les difficultés des petits patrons pour justifier des attaques contre les travailleurs et pour mieux cacher que celles-ci servent surtout les intérêts des plus gros patrons. Mais si une grande partie des restaurateurs, des libraires, des artisans, des petits commerçants sont vraiment actuellement dans une situation financière critique, il n’y a aucune raison que ce soit aux travailleurs d’en faire les frais. La crise les touche déjà de plein fouet : une grande partie d’entre eux ont été licenciés ou ont vu leur rémunération amputée, et leurs enfants arrivent de moins en moins à trouver du travail. En plus, leurs droits aux congés ont déjà été attaqués, avec les ordonnances du gouvernement en mars qui permettent aux patrons d’imposer et de modifier pratiquement du jour au lendemain jusqu’à six jours de congés, alors qu’auparavant ils devaient respecter un délai de quatre semaines.

Si certains petits patrons ne peuvent vraiment plus payer les congés, il faut en faire supporter le coût aux propriétaires des banques et des grandes entreprises. Ils ont accumulé des profits gigantesques avant l’épidémie et continuent à le faire aujourd’hui, en exploitant toujours plus les travailleurs et en pressurant aussi bien souvent les petits patrons dont ils sont les donneurs d’ordres.

Arnaud LOUVET