Macron à Al-Jazeera : colonialiste il reste

04 Novembre 2020

Macron a donné le 31 octobre une longue interview à la chaîne qatarie Al-Jazeera. Il voudrait tenter de désamorcer la colère d’une fraction de l’opinion des pays musulmans contre la France, son président, ses lois et la publication des caricatures de Mahomet.

Macron a repris l’argumentation habituelle sur la liberté de la presse, le fait que l’État et le gouvernement français ne cautionnent pas les caricatures, mais garantissent la liberté de publication. Il y a ajouté une explication de sa version de la laïcité. Il peut facilement dénoncer les manipulations des islamistes qui organisent les manifestations antifrançaises. En effet ces derniers ne reculent devant aucun mensonge ni aucune exagération pour attirer le chaland et se créer un auditoire. Mais il ne suffit pas de dénoncer une opération politique, encore faut-il comprendre pourquoi elle fonctionne, pourquoi les islamistes gagnent de l’influence à coups de diatribes contre l’Occident en général et contre la France en particulier.

Pour Macron, les islamistes utiliseraient des frustrations dues à la mémoire de la colonisation d’une part, aux difficultés de la jeunesse des cités d’autre part. Or, ajoute benoîtement le président, non seulement la France et lui-même condamnent désormais le passé colonial, mais son gouvernement a commencé à œuvrer pour donner un avenir à la jeunesse. Et de conclure que tout devrait s’arranger entre gens de bonne volonté, entre ceux qui condamnent toute violence, ajoutant même que la France veut apporter son message de laïcité au Moyen et Proche-Orient et à l’Afrique.

Malheureusement, le message apporté par la France dans ces deux régions et dans bien d’autres, a été celui de l’expropriation par la force, de la mise en coupe réglée, du travail forcé, voire de la déportation des esclaves. Elle y ajoute, depuis les indépendances jusqu’à aujourd’hui, le soutien aux dictatures, le pillage par l’intermédiaire des grandes sociétés, les interventions militaires multiples, l’importation de main-d’œuvre au gré de ses besoins, la fermeture des frontières, suivie de noyades désormais. Après des siècles de violence sans phrase, alors que ses troupes stationnent en Afrique et au Proche-Orient, alors que ses diplomates et ses services soutiennent dans tous ces pays des bandes criminelles officielles ou non, le président français condamne… la violence !

La vérité est que l’impérialisme mène une guerre permanente pour maintenir sa domination sur les pays asservis et que la France, ancienne puissance coloniale voulant tenir son rang, y prend une part importante. Dans cette guerre, les puissances occidentales se sont toujours appuyées sur les courants autochtones les plus réactionnaires, dont par exemple l’islam intégriste de la monarchie saoudienne ou des guérillas antirusses d’Afghanistan. Cette guerre perdure et certaines de leurs créatures échappent parfois aux docteurs Frankenstein impérialistes, comme Ben Laden, ex-agent de la CIA et organisateur de l’attentat du 11 septembre à New York. Ces islamistes arrivent même à susciter des vocations dans la jeunesse des métropoles, d’où les assassinats comme ceux de Conflans, du Bataclan, etc.

Face à cette réalité, le sirop laïque et démocratique de Macron serait simplement dérisoire s’il venait d’un naïf. Venant de l’héritier de la France coloniale et du représentant de la France impérialiste, c’est une injure de plus à la face des opprimés.

Paul GALOIS