Total : exploitation mortifère

28 Octobre 2020

Le 28 octobre, Total comparaissait devant la cour d’appel de Versailles pour ses exploitations pétrolières en Ouganda. L’appel a été réclamé par six associations françaises et ougandaises, dont les Amis de la Terre et Survie. Elles demandent que Total soit reconnu responsable des atteintes à l’environnement et aux droits humains de dizaines de milliers d’Ougandais.

La découverte d’énormes gisements pétroliers près du lac Albert en 2006 a donné le coup d’envoi d’une gigantesque exploitation par les filiales de Total en Afrique, unies à deux compagnies britannique et chinoise. L’objectif est de construire plus de 400 puits de pétrole et un oléoduc chauffé, de 1 400 kilomètres, traversant l’Ouganda et la Tanzanie jusqu’au port de Tanga sur l’océan Indien. Cet énorme chantier traverse des terres cultivées, dont il faut indemniser les propriétaires.

Les associations dénoncent une acquisition forcée de terres soumises à l’expropriation, des faibles compensations quand il s’agit d’un achat, des paiements en retard, des pressions et des menaces sur des militants associatifs. Lors d’un premier procès en décembre 2019, le tribunal de Nanterre s’est déclaré incompétent et a renvoyé l’affaire vers des tribunaux de commerce, comme s’il s’agissait de simples différends commerciaux.

Mais des témoignages sont là, comme celui d’un cultivateur dépossédé de ses terres dès le jour de leur évaluation, interdit d’y poursuivre ses cultures en attendant l’indemnisation, qui a perdu toutes ses récoltes et n’avait plus de quoi nourrir sa famille. Il n’est pas le seul : un rapport des Amis de la Terre liste toutes les atteintes au développement des communautés, à leur droit de propriété, à la possibilité de choisir entre l’indemnisation en argent ou en terres cultivables, à leur alimentation même.

Total a rejeté toute responsabilité, y compris dans le manque de vigilance sur ses filiales. Pour l’entreprise, ce sont les partenaires locaux qui effectuent les transactions, ce sont les autorités ougandaises qui ont établi le barème des indemnisations. Quant aux intimidations, elles sont, dit-elle, « totalement incompatibles avec les principes du code de conduite de Total » !

Mais le code de conduite de Total, c’est acquérir « des ressources à long terme et à bas coût », comme le dit son PDG, et surtout à gros profit pour ses actionnaires. Adossée à l’État français, servie par les États africains, la multinationale se sent les mains libres.

Sylvie MARÉCHAL