États-Unis : Wall Street gagne à tous les coups

28 Octobre 2020

Mardi 3 novembre les États-Unis éliront leur président, les membres du Congrès, les gouverneurs et bien d’autres autorités locales.

Dans le système américain, le président n’étant pas élu au suffrage direct mais indirectement par des grands électeurs, le vainqueur ne sera pas forcément celui qui aura obtenu le plus de voix.

Cela s’est produit à plusieurs reprises. Ainsi, en 2016, Trump avait obtenu trois millions de voix de moins que sa concurrente Hillary Clinton, mais il l’avait emporté grâce à un nombre plus élevé de grands électeurs, issus notamment des États ruraux.

Au niveau des États ou des élections locales, les électeurs ont souvent un certain choix. Mais au niveau fédéral, la seule alternative est entre les démocrates et les républicains. Nombre de travailleurs s’abstiennent ou ne sont pas même inscrits sur les listes électorales, tant l’alternance gouvernementale semble sans enjeu réel.

De toute façon, si suspense il y a, il ne concerne pas vraiment la politique qui sera menée. Certes, Trump est plus imprévisible, plus cynique et plus raciste que son concurrent Joe Biden. Mais l’un et l’autre ont des états de service rutilants pour les capitalistes.

La bourgeoisie connaît bien Trump, qui est issu du sérail. Elle lui sait gré d’avoir préservé ses affaires, y compris malgré le Covid. Depuis mars, toute une partie de la population s’est paupérisée et dépend maintenant de l’aide alimentaire. Le chômage est de 8 % officiellement, estimé par le président de la Fed à 11 %, il est en réalité plutôt de 27 %, un taux comparable à celui de la Grande Dépression. Ce qui était présenté comme un chômage temporaire lié au Covid s’installe comme un chômage permanent, d’autant qu’une troisième vague de l’épidémie a commencé. En revanche, les cours de la Bourse ont retrouvé leur santé d’avant la pandémie. Les compagnies aériennes, les croisiéristes ou les parcs de loisirs font certes grise mine et des milliers de PME s’effondrent. Mais la finance se rattrape avec les Gafam, PayPal, Netflix, Tesla et autres Teledoc (médecine à distance), et les multinationales de la pharmacie, qui attendent le gros lot de la production du vaccin.

Quant à Joe Biden, c’est depuis près de cinquante ans un politicien bourgeois aussi lisse que loyal. Sénateur de 1973 à 2009, il a voté d’innombrables mesures anti­ouvrières adoptées au cours de ces années, y compris des lois qui ont particulièrement ciblé les jeunes Noirs, comme le durcissement judiciaire et l’allongement des peines de prison, même pour de petits délits liés à la drogue. Il a soutenu les interventions militaires aux quatre coins du monde, dont les guerres d’Afghanistan et d’Irak commencées en 2001 et 2003. Vice-président d’Obama de 2009 à 2017 et aujourd’hui favori des sondages, Joe Biden est bien vu des financiers. Si on mesure sa cote aux versements faits par les grands capitalistes, il devance même Trump. Pourquoi en serait-il autrement ? Comme ­Trump, il enjoint de « fabriquer américain avec des emplois américains », et compte poursuivre le bras de fer avec la Chine. Avec Biden, la bourgeoisie sait que, même si le pays compte des millions de chômeurs supplémentaires, l’argent fédéral continuera à se déverser sur les grandes firmes, et que la Bourse restera florissante.

Il est difficile de dire quelles pourront être les suites du scrutin, qui se déroule dans une certaine tension. Si Biden et les démocrates ont tenté de s’appuyer sur la colère suscitée par le meurtre de George Floyd par un policier blanc, en mai dernier, Trump a au contraire joué la carte de l’opposition frontale aux manifestants, flattant démagogiquement le racisme contre les Noirs. Dans plusieurs villes, des milices d’extrême droite sont apparues au grand jour, comme à Portland dans l’Oregon. À Kenosha dans le Wisconsin, un de ces miliciens a tué deux manifestants antiracistes. Dans le Michigan, un groupe a préparé le kidnapping de la gouverneure démocrate.

Ces groupes sont peut-être minoritaires, mais ils bénéficient d’un soutien dans une fraction de l’opinion et jusqu’à la Maison-Blanche. Ils se sont parfois appuyés sur l’opposition au confinement, aux fermetures des commerces, voire au port du masque. Si Trump perd, ils peuvent chercher à se venger sur les Noirs, ou sur les antifascistes que Trump injurie quotidiennement. Et si la crise s’aggrave, si la situation sociale s’exacerbe, ils peuvent jouer un rôle plus large de supplétifs armés au service du capital.

Si les travailleurs des États-Unis n’ont rien à attendre de l’élection présidentielle, ils ont toutes les raisons de se mobiliser en cette période lourde de menaces.

Michel BONDELET